À Carrefour, l’Université adventiste, un phare éducatif dans l’abandon étatique
Dans une Haïti fragilisée par l’insécurité, le désengagement de l’État et une crise multidimensionnelle qui paralyse de nombreuses institutions, l’Université Adventiste d’Haïti (UNAH) continue de tracer une voie de résistance et d’espoir. Du 28 au 31 août, son campus principal de Diquini a vibré au rythme de la 61e graduation, la « Promotion Fortis », où 159 étudiants ont reçu leurs diplômes, du premier cycle jusqu’à la maîtrise.
À Diquini, quartier périphérique de Carrefour longtemps livré à lui-même, l’UNAH s’impose comme un bastion de formation et de stabilité. Tandis que de nombreux établissements éducatifs ferment leurs portes ou se réduisent au strict minimum, l’université adventiste, fondée en 1921, persiste et signe. Le président de l’institution, Dr Edmond Sénèque, a résumé cette résilience en des mots forts : « L’UNAH ne s’est pas laissée prendre au piège du conformisme national. Elle a voulu maintenir l’étendard de l’éducation, contre tout et malgré tout. »
La cérémonie, traduite largement en langue des signes, a mis en avant l’inclusion comme valeur cardinale. Un étudiant paraplégique a obtenu sa licence en Comptabilité après quatre années d’études. Deux étudiantes, dont une en Sciences Paramédicales, ont choisi de recevoir le baptême évangélique au cours de la graduation, rappelant l’identité spirituelle de l’université. Dans les amphithéâtres comme dans la recherche, l’inclusion est également un axe fort, comme l’illustre la thèse de Jonathan Adency sur l’intégration des personnes handicapées en entreprise.
Cette 61e graduation a marqué la sortie des premières promotions en Imagerie Médicale, Nutrition et Diététique, et Biologie Médicale, des filières vitales pour le système de santé haïtien. L’UNAH a ainsi contribué à élargir l’offre de professionnels qualifiés dans un secteur frappé de plein fouet par l’exode et la pénurie. Trois bourses ont également été accordées aux lauréats de la promotion, dans le programme de maîtrise, signe de l’investissement de l’institution dans la relève.
L’événement n’a pas été qu’académique. Il a été marqué par une soirée d’hommages, empreinte d’émotions, où parents, professeurs et sponsors ont été salués pour leurs sacrifices. Le pasteur Jean Junior Jorel, invité spécial et lui-même en situation de handicap, a rappelé dans son homélie que l’Église devait être « un lieu sans discrimination, à l’image du Christ ».
Dans un pays où les universités publiques et privées souffrent de paralysie, l’UNAH continue d’investir dans la recherche, l’innovation et le développement humain. Accréditée par des instances nationales et internationales, elle offre aujourd’hui 21 options de licence et des programmes de master, avec la perspective d’ouvrir bientôt quatre doctorats.
Dans une zone trop souvent laissée à la merci de l’abandon étatique, l’Université Adventiste d’Haïti démontre que l’éducation, enracinée dans la foi et le service, peut devenir un acte de résistance et un phare pour une société en quête de repères.
Jean Daniel PIERRE
