Haïti : l’OCNH réclame des retours « dans la dignité » pour les ressortissants renvoyés des USA
L’Organisation des Citoyens pour une Nouvelle Haïti (OCNH), dont Me Camille Occius est le directeur exécutif, appelle à un meilleur encadrement des retours de ressortissants haïtiens depuis les États-Unis. Dans une note de plaidoyer publiée ce mercredi 14 octobre 2026, l’organisation réclame notamment le respect des droits fondamentaux, des garanties procédurales et des conditions d’accueil permettant aux personnes retournées de regagner leur communauté dans la dignité.
Dans cette note, l’organisation de défense des droits humains lance un appel aux autorités américaines et haïtiennes, ainsi qu’aux agences des Nations unies et aux partenaires internationaux, face aux conditions dans lesquelles certains ressortissants haïtiens sont renvoyés vers le pays.
L’OCNH dit avoir fondé ses observations sur le suivi effectué le 1er octobre dernier à l’Aéroport international du Cap-Haïtien, lors de l’arrivée d’un vol de retour transportant 88 ressortissants haïtiens, dont 75 hommes et 13 femmes.
Selon l’organisation, plusieurs situations préoccupantes ont été documentées. Elle évoque notamment le retour de personnes dont les procédures d’asile étaient encore en cours ou faisant l’objet de décisions rendues par défaut. Des renonciations à des voies de recours auraient également été observées après des périodes de détention administrative prolongées, parfois au-delà de douze mois.
Autre difficulté soulevée : la restitution des documents d’identité. L’OCNH affirme que de nombreux ressortissants arrivent en Haïti sans leurs cartes d’identité, passeports ou actes de naissance, conservés lors de leur arrestation ou de leur rétention aux États-Unis.
L’OCNH demande un moratoire
Face à ces constats, l’organisation appelle le gouvernement américain à instaurer un moratoire humanitaire sur les vols de retour vers Haïti, au regard de la situation sécuritaire et socio-économique du pays. Elle demande, à défaut, la suspension du retour des personnes dont les procédures d’asile sont toujours en cours.
L’OCNH réclame également que les procédures administratives et judiciaires liées aux demandes d’asile soient entièrement finalisées avant toute mesure d’éloignement. Elle demande aussi la mise en place d’un mécanisme permettant la restitution systématique des pièces d’identité aux personnes concernées ou aux autorités haïtiennes dès leur arrivée.
Sur le plan national, l’organisation recommande notamment le renforcement des capacités de l’Office national de la migration (ONM) et la mise en place d’un guichet mobile de l’Office national d’identification dans les aéroports accueillant les vols de retour.
L’aide de 25 000 gourdes jugée insuffisante
La question de l’aide au transport figure également parmi les préoccupations de l’OCNH. L’organisation relève que l’ONM accorde 25 000 gourdes à chaque personne retournée pour lui permettre de rejoindre sa ville natale.
Selon la note, ce montant peut être suffisant pour les personnes originaires du Cap-Haïtien, du Nord ou des départements voisins. Mais il ne permettrait pas, dans plusieurs cas, de couvrir les frais de transport vers des départements plus éloignés, notamment le Sud, la Grand’Anse, les Nippes ou le Sud-Est.
L’OCNH estime donc que cette allocation devrait être adaptée à la distance à parcourir ou remplacée, pour certaines destinations, par un système d’acheminement collectif.
L’organisation attire enfin l’attention sur les besoins psychologiques et matériels des personnes retournées. Elle fait état de signes de vulnérabilité psychologique et de stress post-traumatique, ainsi que de besoins en produits d’hygiène, vêtements et autres articles de première nécessité.
Pour l’OCNH, la gestion des retours ne peut se limiter à l’arrivée des personnes sur le territoire haïtien. Elle doit également garantir leur accès aux documents d’identité, aux soins, à l’assistance et aux moyens nécessaires pour retrouver leurs proches et entamer leur réinsertion.
L’organisation appelle ainsi les autorités haïtiennes, américaines et les partenaires internationaux à coordonner leurs efforts afin que les opérations de retour respectent les principes de dignité humaine, de protection et de justice procédurale.
La Rédaction
