Insécurité à Kenscoff : le Groupe d’experts de l’ONU met en cause Alfredo Antoine
Dans un rapport remis au Conseil de sécurité le 3 septembre, le Groupe d’experts des Nations unies affirme que l’ex-député Alfredo Junior Antoine aurait joué un rôle dans la déstabilisation de Kenscoff et entretenu des liens avec plusieurs groupes armés. Les experts le présentent notamment comme l’un des commanditaires de l’attaque du 27 janvier 2025. L’intéressé rejette ces accusations.
Kenscoff reste au cœur des préoccupations du Groupe d’experts des Nations unies sur Haïti. Dans son dernier rapport, remis au Conseil de sécurité le 3 septembre 2026, le groupe revient sur les violences qui ont frappé la commune et met notamment en cause l’ancien député Alfredo Junior Antoine.
Selon les experts, une nouvelle vague d’attaques a touché plusieurs localités de Kenscoff entre le 4 et le 9 juillet 2026. Ces violences auraient fait au moins 61 morts parmi les habitants et provoqué le déplacement d’au moins 5 800 personnes.
Mais au-delà du bilan humain, le rapport s’intéresse aux réseaux qui, selon ses auteurs, participent à la déstabilisation de la commune. Les experts estiment que les motivations politiques ont contribué aux violences à Kenscoff, où des acteurs influents auraient soutenu des gangs et d’autres groupes armés dans le but de conserver une influence sur la zone.
Dans ce rapport, le Groupe d’experts affirme qu’Alfredo Junior Antoine, ancien député de Kenscoff entre 2016 et 2020, aurait entretenu depuis plusieurs années des liens avec des groupes armés.
Les experts affirment notamment que l’ancien parlementaire aurait, depuis 2016 au moins, armé et soutenu des groupes de jeunes de la région, initialement utilisés comme instruments politiques. Selon leur analyse, certains de ces groupes auraient ensuite évolué en gangs ou rejoint des organisations criminelles.
Le rapport attribue également à Alfredo Antoine des responsabilités présumées dans des enlèvements, des détentions illégales et des actes d’intimidation visant des opposants politiques.
Les experts vont plus loin concernant les violences du 27 janvier 2025 à Kenscoff. Ils présentent Alfredo Antoine comme l’un des principaux commanditaires présumés de cette attaque, qui, selon le rapport, avait fait plus d’une centaine de morts et s’était accompagnée de viols, de vols et d’incendies d’habitations.
Le Groupe d’experts affirme également qu’Alfredo Antoine aurait planifié certaines attaques avec des gangs actifs dans plusieurs quartiers de Kenscoff.
Selon le rapport, il aurait notamment été en contact avec des membres de Viv Ansanm, dont Dady Paul, également connu sous le nom de Frantz Valmyr ou « Didy », présenté par les experts comme l’un des principaux chefs de gang opérant à Kenscoff.
Les experts évoquent également des contacts réguliers avec Magalie Habitant, qu’ils présentent comme une intermédiaire entre responsables politiques, hommes d’affaires et gangs, ainsi que des liens étroits avec Vitelhomme Innocent.
Le rapport affirme par ailleurs qu’Alfredo Antoine aurait servi de fournisseur d’armes, de munitions et de ressources financières à Viv Ansanm, par l’intermédiaire d’une autre personne. Les experts indiquent également que plusieurs armes détenues illégalement auraient été retrouvées à son domicile.
Alfredo Antoine a été contacté par le Groupe d’experts dans le cadre de l’élaboration du rapport. Il a rejeté par courrier électronique les accusations faisant état de liens avec les gangs.
Les experts indiquent avoir transmis sa réponse au comité compétent du Conseil de sécurité, tout en précisant qu’ils maintiennent leurs conclusions.
Le rapport rappelle également qu’Alfredo Antoine avait été arrêté le 4 avril 2025 pour des faits liés notamment à un complot contre la sûreté de l’État, au financement d’organisations criminelles, à la complicité de meurtre et à l’association de malfaiteurs. Il avait été remis en liberté le 9 mai 2025.
À Kenscoff, les violences continuent ainsi de mêler enjeux sécuritaires, économiques et politiques, alors que les populations restent confrontées aux conséquences des affrontements et aux déplacements forcés.
