Journée des infirmières : l’ENIP survit malgré l’exil, l’insécurité et l’absence d’infrastructures

Journée des infirmières : l’ENIP survit malgré l’exil, l’insécurité et l’absence d’infrastructures

En ce 12 mai 2026, date marquant la Journée internationale des infirmières, l’École nationale des infirmiers de Port-au-Prince (ENIP), la plus ancienne institution de formation infirmière du pays, célèbre cette journée dans une situation particulièrement difficile. Plus de deux ans après les attaques des gangs armés contre le centre-ville de Port-au-Prince en février 2024, l’institution demeure sans local propre après la perte du Campus de la Santé situé à la rue Oswald Durand.

Depuis lors, le Ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) n’a toujours pas trouvé de solution durable pour reloger cette école pourtant essentielle à la formation du personnel infirmier haïtien. Malgré cette précarité, les activités académiques se poursuivent tant bien que mal grâce à des arrangements provisoires.

Une étudiante de l’institution explique que les responsables de l’ENIP ont trouvé un accord avec une école située à Delmas 89 afin de permettre aux étudiants de suivre les cours et de composer en après-midi, après les heures normales de classe.

« Jusqu’à présent, l’ENIP a trouvé un accord avec les responsables d’une école à Delmas 89 afin que les étudiants puissent suivre les cours et passer leurs examens dans l’après-midi, une fois les classes terminées. »

Selon cette même source, des discussions seraient en cours pour l’obtention d’un nouveau local avec l’appui du MSPP, mais aucune décision officielle n’a encore été annoncée.

« Des démarches ont été entreprises pour obtenir un local que le MSPP pourrait aider à trouver. Mais rien n’est encore confirmé. »

L’institution traverse également des difficultés administratives. Plusieurs observateurs soulignent que la directrice dirige l’école depuis l’étranger depuis plus d’un an. Malgré cette situation, des efforts semblent être déployés afin de permettre à la promotion 2021-2025 d’achever son cursus, alors que l’année académique se prolonge désormais en 2026.

L’étudiante affirme toutefois que les responsables académiques tentent de maintenir les cours et les stages hospitaliers.

« Malgré l’absence de local, les responsables académiques veillent à ce que tous les cours prévus pour chaque niveau soient assurés. Les stages dans les hôpitaux continuent également sous la supervision du responsable des stages. Le mois dernier, les étudiants de quatrième année ont effectué un stage en santé communautaire à l’hôpital de Fermathe. »

Après plusieurs années sans concours d’admission, l’ENIP a finalement organisé des examens d’entrée en février dernier. Les résultats ont déjà été publiés, mais les nouveaux admis n’ont toujours pas commencé les cours en raison du manque d’espace pour accueillir les étudiants.

« Le concours d’admission a été organisé en février dernier et les résultats ont déjà été publiés. »

Cette situation survient alors que le ministre de la Santé publique, Sinal Bertrand, multiplie les déplacements à travers les départements du pays, pendant que plusieurs institutions sanitaires majeures demeurent paralysées. L’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti, principal centre hospitalier universitaire du pays, ne fonctionne toujours pas depuis les violences armées ayant frappé la capitale, une situation qui affecte directement la formation pratique des étudiantes en sciences infirmières.

Pour l’édition 2026 de la Journée internationale des infirmières, le Conseil International des Infirmières (CII) a retenu le thème : « Nos infirmières. Notre avenir. Le pouvoir d’agir des infirmières sauve des vies ». Cette campagne met l’accent sur la nécessité de renforcer l’autonomie des infirmières, d’améliorer leurs conditions de travail et de reconnaître leur rôle essentiel dans les systèmes de santé.

Célébrée chaque 12 mai en hommage à Florence Nightingale, cette journée vise également à rappeler l’importance d’investir dans la formation et la protection du personnel soignant. En Haïti, la situation de l’ENIP illustre les profondes difficultés auxquelles fait face le secteur de la santé, où la formation des futures infirmières continue malgré l’insécurité, le manque d’infrastructures et l’absence d’accompagnement durable de l’État.

Jean Daniel PIERRE

GPL Media Libre

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