Gressier : deux ans sous l’emprise des gangs, entre abandon sécuritaire et désespoir total
Ce 10 mai 2026 marque deux années depuis que la commune de Gréssier est tombée sous le contrôle du gang armé « 103 Zonbi ». Deux ans de violences, de déplacements forcés, de pillages et d’abandon, dans une commune où l’autorité de l’État semble avoir totalement disparu.
Depuis l’invasion de mai 2024, la situation n’a cessé de se détériorer. Les habitants qui nourrissaient encore l’espoir de retourner chez eux commencent désormais à le perdre. Contrairement à d’autres zones du pays où des opérations sont menées, même timidement, pour reprendre les territoires occupés, Gréssier reste pratiquement livrée à elle-même.
Les rares interventions de la Police nationale d’Haïti (PNH) dans les localités de Santo et de La Colline visent principalement à empêcher les groupes armés d’étendre leur contrôle vers la ville de Léogâne. Cependant, aucune véritable offensive n’a été engagée pour déloger les gangs de Gréssier. Malgré la création d’une Task Force et l’utilisation de drones kamikazes dans d’autres régions du pays, aucune opération de ce type n’a encore été signalée dans la commune.
Par ailleurs, lors de leur présence sur le territoire haïtien, aucun policier kényan de la Mission multinationale de soutien à la sécurité n’a été déployé à Gréssier. Pourtant, une base des Forces armées d’Haïti (FADH) est installée entre Gréssier et Léogâne, sans qu’elle ne participe activement aux opérations visant à reprendre le contrôle de la zone.
Le blocage de la Route nationale #2 demeure également au cœur des préoccupations. Cette voie stratégique, reliant Port-au-Prince au Grand Sud, est paralysée depuis près de deux ans, obligeant les voyageurs et les transporteurs à emprunter la mer ou des routes de montagne dangereuses.
Lors d’une visite à la base militaire d’Anacaona, le 5 avril dernier, le ministre de la Défense, Mario Andrésol, a déclaré que « le blocage de la route de Gréssier est politique ». Une déclaration qui a renforcé les soupçons déjà présents au sein de la population.
Pour de nombreux habitants de Gréssier, cette situation dépasserait le simple cadre sécuritaire. Certains dénoncent une stratégie liée à des intérêts économiques, accusant des secteurs influents de profiter du blocage de la Route nationale #2 pour développer un commerce maritime coûteux, où des camions sont transportés par bateau à des prix jugés exorbitants.
Pendant ce temps, les déplacés continuent de survivre dans des conditions extrêmement précaires à Léogâne, Petit-Goâve, Aquin et dans plusieurs autres régions du pays. Deux ans après la chute de leur commune, Gréssier demeure une ville meurtrie, oubliée, où le silence des autorités continue d’alimenter le désespoir d’une population abandonnée.
Steeve Luc PIERRE
