Résultats de 9e année en ligne : le choix du MENFP met les écoles privées en difficulté

Résultats de 9e année en ligne : le choix du MENFP met les écoles privées en difficulté

La publication des résultats des examens officiels de la neuvième année fondamentale (9e AF) a suscité de nombreuses réactions dans le secteur éducatif haïtien. Pour la première fois, le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) a permis aux candidats de consulter leurs résultats directement sur internet à l’aide de leur numéro d’ordre, une pratique jusque-là réservée principalement aux élèves du Nouveau Secondaire 4 (NS4).

Si plusieurs observateurs saluent une mesure qui s’inscrit dans la modernisation de l’administration scolaire, des directeurs d’établissements privés dénoncent toutefois une décision prise sans consultation préalable. Selon eux, cette nouvelle procédure risque d’avoir des conséquences financières importantes pour les écoles qui avaient accordé des facilités de paiement à certains parents.

Directeur de l’Institution Smyrne, Maître Jean Jacinthe estime que l’utilisation des technologies dans le système éducatif constitue une évolution nécessaire. « Nous ne pouvons pas rester dans des méthodes archaïques alors que nous vivons à l’ère du numérique », affirme-t-il. Cependant, il reproche au ministère d’avoir introduit cette innovation sans en informer les responsables scolaires à l’avance.

Selon lui, de nombreuses écoles avaient autorisé des élèves à participer aux examens officiels malgré des frais de scolarité impayés. Une décision motivée, dit-il, par la volonté d’aider des familles confrontées à des difficultés économiques. « Nous avons fait preuve de compréhension envers certains parents. Certains avaient payé une partie des frais, d’autres rien du tout. Nous ne voulions pas qu’un enfant perde une année scolaire uniquement pour des raisons financières », explique le directeur.

Traditionnellement, plusieurs établissements espéraient récupérer ces sommes au moment de la remise des résultats. Or, avec la mise en ligne des notes, certains parents peuvent désormais accéder directement au résultat de leur enfant sans passer par l’administration de l’école. « Cet argent faisait partie de notre planification budgétaire pour préparer la prochaine année académique. Aujourd’hui, nous risquons de ne jamais le récupérer », regrette Maître Jean.

Le responsable scolaire craint également que cette situation ne modifie les pratiques des établissements dès l’année scolaire 2026-2027. Selon lui, plusieurs directions pourraient désormais exiger le paiement complet des frais scolaires avant de remettre les fiches d’examen aux élèves de 9e année. Une mesure qui, si elle venait à se généraliser, pourrait compliquer davantage la situation des familles les plus vulnérables.

Même inquiétude du côté de Rigaud Dormena, pasteur, enseignant et directeur d’école. Pour lui, la décision du MENFP risque de pénaliser les établissements qui avaient accepté de faire confiance aux parents. « Lorsqu’un élève obtient son résultat directement sur le site, plusieurs parents ne voient plus l’intérêt de revenir régler leur dette envers l’école qui l’a pourtant aidé à participer aux examens », soutient-il.

M. Dormena estime que les écoles confessionnelles pourraient être particulièrement touchées. Selon lui, il n’est pas rare que des responsables d’établissements religieux permettent à un élève de composer malgré des arriérés de paiement, privilégiant le droit à l’éducation aux considérations financières. Il considère que le ministère aurait dû informer les inspections scolaires et les directions d’école plusieurs mois avant l’application de la mesure afin de leur permettre de prendre les dispositions nécessaires.

Face à cette nouvelle réalité, certains responsables scolaires réfléchissent déjà à des mécanismes permettant de protéger les intérêts financiers des établissements. M. Rigaud Dormena suggère notamment que les écoles accueillant les élèves en NS1 exigent les documents officiels délivrés par les établissements d’origine plutôt que les résultats téléchargés en ligne. Une proposition qui vise, selon lui, à encourager les parents à régulariser leur situation avant l’inscription de leurs enfants dans le cycle suivant.

Au-delà de la polémique, cette controverse met en lumière un défi plus large : celui de la transition numérique du système éducatif haïtien. Si l’accès en ligne aux résultats facilite les démarches des élèves et favorise la transparence, plusieurs acteurs du secteur estiment que de telles réformes gagneraient à être accompagnées d’une meilleure communication avec les établissements scolaires afin d’éviter des effets inattendus sur leur fonctionnement financier.

GPL Media Libre

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