Martissant : 5 ans après, les gangs toujours maîtres des lieux, l’État toujours absent, les déplacés attendent leur retour

Martissant : 5 ans après, les gangs toujours maîtres des lieux, l’État toujours absent, les déplacés attendent leur retour

Cinq ans après l’éclatement de la guerre des gangs qui a plongé Martissant dans le chaos, les milliers de familles contraintes de fuir leurs maisons attendent toujours un véritable retour à la normale. Le 1er juin 2021 demeure une date gravée dans la mémoire collective comme le début d’un des plus importants déplacements forcés de population de l’histoire récente d’Haïti.

Ce lundi matin 1er juin de 2021 semblait pourtant ordinaire. Les écoles accueillaient leurs élèves, les entreprises ouvraient leurs portes et la circulation se poursuivait sur la Route nationale numéro 2, principal axe reliant Port-au-Prince au Grand Sud. Mais en quelques heures, la situation a basculé lorsque les affrontements entre les groupes armés de Grand-Ravin, de Village-de-Dieu et de Ti Bwa ont pris une ampleur sans précédent.

La violence s’est rapidement étendue jusqu’à la route nationale, transformant Martissant en zone de guerre. Des milliers de familles ont été contraintes d’abandonner leurs maisons dans la précipitation. Plusieurs habitants ont été victimes de pillages, d’agressions, de viols et d’assassinats. Même le sous-commissariat de Martissant a été déserté par les policiers qui y étaient affectés, laissant la population sans protection face à la montée de l’insécurité.

À l’époque, le président Jovenel Moïse, le Premier ministre Claude Joseph et le directeur général de la Police nationale d’Haïti, Léon Charles, avaient promis un rétablissement rapide de la sécurité. Le chef de la Primature et le numéro un de la PnH avaient même effectué une visite à pied dans certaines rues désertes de Martissant afin de démontrer que l’État gardait le contrôle de la situation. Cependant, pour les habitants chassés de leurs quartiers, ces promesses ne se sont jamais concrétisées.

Cinq ans plus tard, malgré des accords de paix annoncés à plusieurs reprises entre certains groupes armés, les déplacés n’ont jamais pu regagner leurs domicile. Plusieurs établissements scolaires ont fermé définitivement leurs portes ou ont été transférés vers Fontamara, Carrefour ou d’autres zones.

Loin de mettre fin à la violence, les ententes entre gangs ont été suivies par une expansion de leur influence. Les groupes armés ont progressivement étendu leur contrôle à plusieurs communes de l’aire métropolitaine de Port-au-Prince et à certaines villes de province. Des postes de péage illégaux ont été installés sur plusieurs axes routiers, tandis que de vastes territoires échappent encore à l’autorité de l’État.

Pendant ce temps, la crise sécuritaire continue de produire ses effets dévastateurs. Des écoles, des universités, des hôpitaux et de nombreuses entreprises ont été pillés ou incendiés dans plusieurs quartiers de la capitale. Les civils demeurent les principales victimes d’une violence qui semble ne connaître aucun répit.

L’arrivée de la Mission multinationale d’appui à la sécurité, notamment avec le déploiement de policiers kényans, avait suscité un certain espoir au sein de la population. Pourtant, pour de nombreux déplacés de Martissant, les résultats tardent à se faire sentir. Plusieurs observateurs soulignent que le quartier demeure l’un des symboles de l’effondrement de l’autorité de l’État face aux groupes armés.

De l’administration de Jovenel Moïse à l’actuel gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, les promesses de rétablissement de la sécurité et de retour des déplacés se sont succédé sans apporter de solution durable. Dans les abris provisoires où certaines familles vivent encore aujourd’hui, l’espoir d’un retour à la maison s’amenuise avec le temps.

Cinq ans après le début de ce drame, Martissant reste le symbole d’une population abandonnée, privée de son droit fondamental à la sécurité et au logement. Pour des milliers de déplacés internes, le temps des promesses semble désormais bien loin de la réalité quotidienne.

Jean Daniel PIERRE

GPL Media Libre

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