Les États-Unis annoncent deux vols d’expulsion vers Haïti chaque semaine après la fin du TPS
Quelques jours avant l’expiration du Statut de protection temporaire (TPS) pour plus de 300 000 Haïtiens vivant aux États-Unis, l’administration Trump a intensifié sa politique d’expulsion. Jeudi 16 juillet, un avion affrété par l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) a atterri à l’aéroport international du Cap-Haïtien avec à son bord 111 ressortissants haïtiens expulsés. Les autorités américaines ont également informé le gouvernement haïtien qu’au moins deux vols de rapatriement seraient désormais organisés chaque semaine.
Selon Jean Négot Bonheur Delva, directeur général de l’Office national de la migration (ONM), 111 personnes ont effectivement débarqué en Haïti sur une liste initiale de 130 passagers. Parmi elles, 32 présentaient des antécédents judiciaires et ont été transférées en détention. Les autres ont reçu une aide financière équivalente à 130 dollars américains afin de faciliter leur retour dans leurs communautés.
Cette opération marque le début d’une augmentation annoncée des expulsions alors que le TPS prendra fin le 24 juillet pour plus de 300 000 Haïtiens établis aux États-Unis. Selon les informations communiquées aux autorités haïtiennes, les deux vols hebdomadaires prévus pourraient représenter environ 250 personnes expulsées chaque semaine.
Cette décision suscite de vives critiques de la part des organisations de défense des droits des migrants. Savi Arvey, responsable des politiques relatives aux droits des réfugiés et des immigrants au sein de Human Rights First, estime que ces expulsions « ignorent délibérément la réalité sur le terrain et mettent sciemment des vies en danger ». L’organisation souligne que ces retours interviennent alors qu’Haïti traverse l’une des crises sécuritaires et humanitaires les plus graves de son histoire récente.
Les inquiétudes sont également partagées par plusieurs organisations haïtiennes. Katia Bonté, coordonnatrice du Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR), affirme que le pays n’est pas en mesure d’accueillir un nouvel afflux de personnes expulsées. L’organisation doit déjà faire face à l’arrivée d’environ 20 000 Haïtiens renvoyés chaque mois de la République dominicaine.
L’annonce intervient dans un contexte particulièrement tendu. Le même jour que l’arrivée du vol au Cap-Haïtien, les Nations unies ont confirmé qu’une série d’attaques armées à Kenscoff avait fait au moins 61 morts, dont 14 enfants. Par ailleurs, plus de la moitié de la population haïtienne est confrontée à l’insécurité alimentaire, tandis que des centaines de milliers de personnes ont été déplacées par la violence des gangs.
Malgré ce contexte, Washington maintient son calendrier de rapatriement. Les autorités haïtiennes précisent toutefois que ces expulsions résultent exclusivement d’une décision du gouvernement américain. « Notre mission est d’accueillir les Haïtiens rapatriés dans la dignité, avec le soutien du gouvernement haïtien », a déclaré Jean Négot Bonheur Delva, rappelant que ces retours n’ont pas été sollicités par l’État haïtien.
Steeve Luc PIERRE
