Cinq ans après le drame de Village de Dieu, silence total du gouvernement et de la PNH
Le 12 mars 2021 demeure l’une des journées les plus sombres de l’histoire récente de la Police nationale d’Haïti (PNH). Ce jour-là, cinq policiers, Georges Renois Vivender, Désilus Wislet, Eugène Stanley, Ariel Poulard et Lucdor Pierre, ont été abattus par des bandits lourdement armés dans le fief du gang de Village de Dieu, lors d’une opération policière qui s’est transformée en véritable fiasco.
Les victimes appartenaient à deux unités spécialisées de la PNH, la Swat Team et la Brigade d’Opération et d’Intervention Départementale (BOID). L’intervention visait à reprendre le contrôle de ce quartier stratégique situé dans la zone sud de Port-au-Prince. Mais l’opération, lancée dans des conditions jugées précaires et sans préparation suffisante selon plusieurs observateurs, s’est rapidement transformée en piège mortel pour les forces de l’ordre.
Pris dans une embuscade, les policiers ont été tués par les membres du gang « 5 Segond » dans des circonstances d’une extrême violence. Les images et les récits de cette journée ont profondément choqué la société haïtienne. Certains corps ont été traînés au sol par les assaillants, dans une scène brutale qui a symbolisé, pour beaucoup, l’effondrement de l’autorité de l’État face aux groupes armés.
Ironie tragique et humiliation supplémentaire pour les institutions, ce sont les bandits eux-mêmes qui ont les obsèques des policiers pour célébrer la mort des policiers, transformant cette tragédie en propagande criminelle.
Plus grave encore, selon de nombreux témoignages et récits relayés depuis ce drame, les corps des policiers tués n’ont jamais été récupérés et seraient restés jusqu’à aujourd’hui dans la zone de Village de Dieu, contrôlée par les gangs. Une situation qui alimente l’indignation et la douleur des proches, mais aussi celle de l’opinion publique qui y voit l’illustration la plus crue de la faillite de l’État.
À l’époque, le gang de Village de Dieu était pourtant décrit comme affaibli. Mais après cette opération ratée, le groupe armé s’est au contraire renforcé. Le 2 juin 2021, il étendait son contrôle sur le littoral reliant le Bicentenaire à Martissant 4, paralysant la circulation sur la route nationale #2, principale entrée sud de la capitale.
Depuis, ce gang est impliqué dans plusieurs cas de kidnapping, attaques armés contre de paisible citoyens et massacres, y compris en dehors du département de l’Ouest, notamment dans le Plateau Central. Pour de nombreux observateurs, cette montée en puissance s’inscrit dans un contexte de tolérance et d’inaction de l’État sous la présidence de Jovenel Moïse, période durant laquelle plusieurs groupes armés ont consolidé leur pouvoir.
Mais cinq ans après la mort de ces policiers, un autre élément choque tout autant : le silence des autorités. Aucune note officielle de commémoration significative, aucune déclaration publique forte ni du gouvernement ni de l’institution policière n’a marqué cet anniversaire. Comme si ces hommes avaient disparu de la mémoire institutionnelle.
Pour de nombreux citoyens, ce silence ressemble à un véritable silence de cimetière. Il donne l’impression que ces policiers ont été abandonnés par l’État même qu’ils servaient.
Le souvenir de cette opération reste également associé à un épisode humiliant pour les institutions : un véhicule blindé de la PNH tombé entre les mains du gang. Selon plusieurs informations largement relayées à l’époque, les autorités auraient dû engager des négociations pour récupérer cet équipement stratégique, un fait qui a renforcé la perception d’un État affaibli face aux groupes armés.
Cinq ans plus tard, les autorités tentent toujours de reprendre pied dans certaines zones contrôlées par les gangs. Mais la situation reste extrêmement fragile. Ce jeudi encore, plusieurs chauffeurs de transport en commun et des passagers ont été tués, tandis que d’autres ont été grièvement blessés lors d’une opération policière visant des groupes armés.
Dans cette spirale de violence, les civils continuent de payer le prix le plus lourd.
Cinq ans après le drame de Village de Dieu, la mémoire de Georges Renois Vivender, Désilus Wislet, Eugène Stanley, Ariel Poulard et Lucdor Pierre demeure celle de policiers envoyés au combat dans des conditions incertaines, tombés dans une bataille inégale et dont le sacrifice semble aujourd’hui enseveli sous le silence des autorités.
Jean Daniel PIERRE
Image d’illustration : Infos Partage
