Dissolution de la CNDDR : coup dur pour les gangs ?
On ne s’y attendait pas. Du moins, pas aussi vite. Le Conseil présidentiel de transition a annoncé, vendredi 2 mai, la dissolution de la Commission nationale de désarmement, de démantèlement et de réinsertion (CNDDR), alors que cette dernière venait tout juste d’être réactivée. Cette décision est intervenue après des dénonciations émanant d’organisations de défense des droits humains, qui accusaient certains membres de cette structure d’être de mèche avec des gangs.
C’est dans un communiqué que la présidence a fait l’annonce, suite à une résolution adoptée par les membres du CPT. « Cette décision s’inscrit dans un contexte marqué par une perte de confiance généralisée à l’égard de cette institution dont plusieurs membres font l’objet de graves accusations, remettant en cause leur impartialité et leur intégrité », explique le document, qui souligne la nécessité de mettre en place une nouvelle structure.
Depuis l’annonce du retour de Jean Rebel Dorcénat à la CNDDR, ancien porte-parole de cette structure, un malaise se faisait sentir au sein de plusieurs organisations de la société civile, notamment le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH). Le Réseau avait, de ce fait, adressé une correspondance à plusieurs membres du CPT pour dénoncer la nomination de M. Dorcénat, réputé proche de Jimmy Chérizier, alias « Barbecue ».
En 2020, sur proposition de la CNDDR, formée par l’ancien président Jovenel Moïse, les gangs se sont fédérés, donnant lieu à la formation du G-9 an fanmi e alye et de G-Pèp. C’était le commissaire Jean Rebel Dorcénat qui avait révélé l’information lors de sa participation à Panel Magik, sur Magik 9. Cette décision, expliquait-il, faciliterait les négociations avec les gangs.
Le temps passe, mais la violence s’intensifie, et la CNDDR peine à agir. En septembre 2023, Jimmy Chérizier a pu unir les factions des gangs G-Pèp et G-9. Depuis, Port-au-Prince est devenu un véritable champ de ruines : des personnes sont tuées quotidiennement et des familles fuient leurs domiciles sans savoir où aller.
Au début de l’année 2024, la coalition « Viv Ansanm » a mené une série d’attaques contre des institutions, dont la prison civile de Port-au-Prince. Presque tous les détenus se sont évadés. De nouveaux quartiers sont tombés entre les mains des malfrats, et la CNDDR est restée silencieuse.
En dépit de l’échec de la CNDDR, le CPT a quand même tenté de miser sur elle : de nouvelles nominations ont été faites, sans aucun résultat, certains membres étant soupçonnés de liens avec les gangs. Sa dissolution constitue-t-elle un coup dur pour les bandes armées ?
Wesker Sylvain
Image d’illustration : HaïtiLibre
