Haïti : 1 408 morts, 656 blessés d’avril à juin, la violence des gangs persiste
Le deuxième trimestre de 2026 aura été particulièrement meurtrier en Haïti. Entre avril et juin, au moins 1 408 personnes ont été tuées et 656 autres blessées, selon les décomptes du Bureau Intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH). Derrière ces chiffres, des familles endeuillées et des communautés entières continuent de vivre dans la peur.
La violence des gangs reste le coeur battant de cette crise omniprésente. Elle représente 55 % des personnes tuées ou blessées durant cette période. Toutefois, plus de 40 % des victimes ont également été enregistrées lors d’opérations des forces de sécurité contre les groupes armés.
À Port-au-Prince, la situation a évolué différemment selon les quartiers. Certaines opérations de sécurité ont permis de limiter les activités des gangs à Delmas et Tabarre. En revanche, Cité Soleil et la Plaine du Cul-de-Sac ont connu de violents affrontements.
Ces combats entre groupes rivaux ont fait 463 morts et 256 blessés. Ils étaient liés notamment au contrôle des territoires et des revenus illicites. Plus de 18 000 personnes ont dû fuir leur domicile à cause de ces violences.
La population a également payé un lourd prix social. Les affrontements ont provoqué la suspension de plusieurs services essentiels. Les soins de santé et l’éducation ont notamment été fortement perturbés.
Le département de l’Artibonite reste l’un des principaux foyers de violence. Les gangs y ont poursuivi leur expansion en attaquant plusieurs localités. Des habitants, des agriculteurs et des membres de groupes d’autodéfense ont été pris pour cibles.
Dans le département du Centre, la situation demeure tendue à Mirebalais et à Saut-d’Eau. Les groupes armés y maintiennent leur présence malgré les efforts des autorités. Dans le Sud-Est, des incursions armées ont également été signalées à Séguin.
Les enlèvements connaissent aussi une nouvelle hausse. Au moins 81 personnes ont été kidnappées à travers le pays durant le trimestre. Le BINUH en avait recensé 57 au cours des trois mois précédents.
Des violences sexuelles toujours alarmantes
La violence ne se limite pas aux affrontements armés. Au moins 796 personnes ont été victimes de viols liés aux gangs, dont 772 femmes et 23 filles. Dans 87 % des cas recensés, les victimes ont subi des viols collectifs.
Certaines victimes ont été violemment battues ou agressées devant leurs proches. Des maisons ont également été incendiées après certaines attaques. Ces actes servent notamment à terroriser les populations et à les contraindre à quitter leur quartier.
Des civils également victimes des opérations
Les opérations menées contre les gangs ont elles aussi fait de nombreuses victimes. Le BINUH estime que plus de 40 % des personnes tuées ou blessées l’ont été dans ce contexte. Au moins 95 victimes n’avaient pourtant aucun lien avec les groupes armés.
Les drones explosifs ont également fait des victimes parmi la population. Au moins neuf personnes ont été tuées ou blessées lors d’opérations impliquant ces engins. Parmi elles figuraient six enfants, selon le BINUH.
Énième appel à sortir de la spirale de violence
Le BINUH relève toutefois une baisse des exécutions sommaires présumées impliquant des policiers. Quatorze cas ont été recensés durant le deuxième trimestre. Cette baisse reste néanmoins insuffisante face à l’ampleur des violences.
Les groupes d’autodéfense sont également responsables d’une partie des victimes. Ils seraient à l’origine d’environ 5 % des homicides et blessures enregistrés. Leurs cibles sont notamment des personnes soupçonnées de liens avec les gangs.
Face à cette situation, le BINUH appelle à maintenir Haïti parmi les priorités de la communauté internationale. Il demande surtout d’accélérer le déploiement complet de la Force de Répression des Gangs (FRG). L’organisation encourage aussi les autorités à engager rapidement les premières enquêtes sur les crimes de masse, les violences sexuelles et les crimes financiers.
Au-delà des statistiques, le bilan du deuxième trimestre raconte surtout une réalité humaine difficile. Des milliers de personnes ont perdu un proche, ont été blessées ou ont dû abandonner leur maison. Pour le BINUH, la protection de la population doit donc rester au centre de toute réponse à la crise sécuritaire.
Comparativement au premier trimestre de l’année 2026, le bilan du deuxième trimestre montre une baisse du nombre de personnes tuées et blessées. Entre janvier et mars 2026, le BINUH avait recensé 1 642 morts et 745 blessés entre avril et juin, ces chiffres sont passés à 1 408 morts et 656 blessés.
Cela représente 234 morts et 89 blessés de moins sur un trimestre. Malgré cette baisse, le bilan reste particulièrement lourd, avec environ 4 000 personnes tuées ou blessées en seulement au premier semestre de l’année.
Média Libre Haïti
Image d’illustration : Jean Feguens Régala / Medya Laria
