Communication avec les gangs : l’Association Militaire d’Haïti demande l’expulsion de l’ambassadeur Denis Hankins
Suite à des déclarations polémiques de l’ambassadeur américain Denis Bruce Hankins sur les liens entre l’Ambassade des États-Unis et les gangs armés en Haïti, l’Association Militaire d’Haïti (AMIDH) exige son expulsion. Dans une lettre adressée au Conseil Présidentiel de Transition (CPT), l’AMIDH justifie sa demande par une ingérence jugée excessive et une collaboration présumée avec des criminels menaçant la souveraineté haïtienne.
Le 26 octobre dernier, lors de son passage dans l’émission Le Point diffusée sur Télé Métropole et animée par le journaliste Wendell Théodore, l’ambassadeur américain Denis Bruce Hankins a fait des déclarations qui ont suscité une vive controverse en Haïti. Interrogé sur les relations entre l’ambassade des États-Unis et les gangs armés opérant dans le pays, notamment dans la région de Tabarre, M. Hankins a admis : « C’est limité, mais de temps en temps, il y a des contacts avec des gangs. Il s’agit pour nous de contrôler la sécurité dans la région de l’Ambassade. »
Ces propos, affirmant l’existence de contacts entre l’ambassade américaine et les gangs, ont immédiatement suscité l’indignation de plusieurs acteurs de la société civile et de l’AMIDH. Cette dernière estime en effet que cette relation met en péril la souveraineté haïtienne. L’ambassadeur a toutefois précisé qu’il ne s’agissait pas de négociations, et a qualifié les gangs de « criminels » avec lesquels les autorités diplomatiques américaines n’entretiennent pas de bonnes relations.
Cependant, le Diplomate américain a révélé que des échanges ont parfois lieu avec les chefs de gangs pour assurer la sécurité de l’ambassade et de son personnel, surtout depuis que le bâtiment de l’ambassade a récemment été touché par des impacts de balles lors d’affrontements entre gangs dans la zone. « Nous avons échangé avec les criminels pour vérifier si leur intention était d’attaquer l’ambassade ou si les projectiles étaient simplement le résultat des conflits armés dans la région, » a-t-il expliqué. Cette révélation a donc créé une onde de choc dans le pays, renforçant les craintes de voir l’influence des gangs étendue aux relations diplomatiques.
Face à ces révélations, l’Association Militaire d’Haïti a décidé de réagir fermement. Fondée dans le but de défendre la souveraineté d’Haïti, l’AMIDH regroupe d’anciens membres des Forces Armées d’Haïti, parmi lesquels le général Pierre Cherubin, le lieutenant-colonel Jean François Thomas, ainsi qu’Ashley Laraque, porte-parole de la structure. Son objectif principal est de préserver l’intégrité territoriale du pays et de protéger ses citoyens contre toute ingérence étrangère.
Le 4 novembre 2024, l’AMIDH a ainsi transmis une lettre officielle au Coordonnateur du Conseil Présidentiel de Transition, Leslie Voltaire, et aux membres du conseil, demandant que Denis Bruce Hankins soit déclaré Persona Non Grata et qu’il quitte le territoire haïtien dans un délai de 72 heures. Dans ce document, l’AMIDH accuse l’ambassadeur d’ingérence dans les affaires intérieures, une attitude perçue comme insultante et provocatrice envers la souveraineté haïtienne.
De plus, la lettre met en avant que ces actions sont contraires aux dispositions de l’article 41 de la Convention de Vienne de 1961, qui interdit aux diplomates de s’ingérer dans les affaires internes de leur pays hôte. Selon l’AMIDH, M. Hankins viole ainsi les règles du droit international coutumier.
Enfin, l’AMIDH pointe du doigt la coopération supposée de l’ambassadeur avec des éléments criminels, en affirmant qu’il partage des informations avec des individus recherchés par la Police Nationale d’Haïti (PNH). Ces actes, considérés comme une infraction au code pénal haïtien, constituent, selon l’association, une raison supplémentaire pour justifier son expulsion.
En conclusion, la demande d’expulsion de Denis Bruce Hankins par l’AMIDH pourrait marquer un tournant dans les relations entre Haïti et les États-Unis. Tandis que le gouvernement haïtien n’a pas encore réagi à cette requête, la société civile et les organisations nationales continuent de dénoncer la présence croissante des gangs dans le pays et leur influence supposée sur les relations diplomatiques. Cette affaire pourrait bien accentuer les tensions entre Haïti et ses partenaires étrangers, et relancer le débat sur la souveraineté nationale et la sécurité publique dans le pays.
Steve Luc PIERRE
