Sanctions, gangs, PetroCaribe : Michel Martelly veut redevenir président d’un Haïti qu’il a contribué à plonger dans le chaos
L’ancien président haïtien Michel Joseph Martelly est officiellement candidat à l’élection présidentielle, sous la bannière de DEBLOKE. Alors que le premier tour est prévu le 13 décembre prochain, nous avons pu vérifier sur le site du Conseil électoral provisoire (CEP) que son nom figure bien parmi les 16 candidats inscrits à la présidence. Cette nouvelle candidature remet au premier plan une figure dont le passage au pouvoir continue de susciter de profondes divisions dans la société haïtienne.
Président de la République de 2011 à 2016, le chanteur de compas, connu sous le nom de Sweet Micky, n’a jamais cessé de faire parler de lui. Cependant, son retour dans la course au pouvoir dépasse la simple question de sa participation aux élections. Il ravive les interrogations sur son bilan, sa responsabilité politique et sa capacité à convaincre un électorat confronté à une crise sécuritaire, économique et institutionnelle persistante.
En effet, les sanctions étrangères qui le visent constituent l’un des principaux obstacles à son retour sur la scène politique. Le Canada l’a sanctionné en 2022, suivi par les États-Unis en août 2024 pour des motifs liés au trafic de drogue, tandis que l’Union européenne a également pris des mesures à son encontre en décembre 2025. Ces sanctions reposent sur de graves accusations, que l’ancien chef de l’État a toujours contestées. Elles continuent néanmoins de peser sur son image, tant en Haïti qu’à l’étranger.
Par ailleurs, le dossier PetroCaribe demeure une autre source de controverses autour de son héritage politique. Les rapports d’audit de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA) ont relevé des irrégularités dans la gestion des fonds, des projets inachevés et des difficultés à retracer certaines dépenses. Une part importante des ressources a été engagée durant sa présidence, période sur laquelle les travaux de la Cour ont notamment porté leur attention.
Dans ce contexte, une partie de la population considère que Michel Martelly ne peut incarner le renouveau attendu, certains lui imputant une part importante de la dégradation de la situation nationale. D’autres estiment, en revanche, que la crise actuelle ne saurait être attribuée à un seul dirigeant. Ils mettent également en cause les gouvernements successifs, l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021 et l’affaiblissement progressif des institutions publiques.
De leur côté, les partisans de l’ancien président défendent son droit de briguer un nouveau mandat et de soumettre son bilan à l’appréciation des électeurs. Pour eux, la décision finale doit revenir au peuple, dans le cadre d’un processus électoral régulier. Cependant, cette légitimité politique revendiquée ne suffit pas à effacer les controverses qui entourent son parcours.
Au fond, la candidature de Michel Martelly pose une question essentielle à un pays en quête de stabilité. Peut-on tourner la page d’une période politique sans répondre aux interrogations qu’elle a laissées derrière elle ?
Entre le droit de participer à une élection, le poids des accusations et le jugement des citoyens, son retour risque de transformer la prochaine présidentielle en un nouveau débat sur la responsabilité des dirigeants et l’avenir d’Haïti.
