L’ONU met en cause Rosemila Petit Frère dans un vaste réseau de soutien aux gangs en Haïti
Le Groupe d’experts des Nations unies sur Haïti affirme que les gangs armés ne survivent pas uniquement grâce à leurs chefs et à leurs combattants. Dans son rapport final publié le 8 septembre 2026 (S/2026/714), il soutient que ces groupes bénéficient également de l’appui de réseaux politiques, économiques et sécuritaires qui leur permettent d’obtenir des ressources, des informations sensibles et une protection.
Parmi les personnes citées dans le document figure Rosemila Petit Frère, femme d’affaires et ancienne mairesse de l’Arcahaie entre 2016 et 2020. Selon les experts de l’ONU, elle aurait entretenu pendant plusieurs années des relations avec des chefs de gangs affiliés à la coalition « Viv Ansanm » et leur aurait fourni un soutien financier et logistique.
Le rapport indique que Mme Petit Frère aurait servi d’intermédiaire entre certains groupes armés et divers acteurs issus des milieux criminels, politiques, économiques et sécuritaires. Les experts précisent que ces informations auraient été corroborées par deux États membres des Nations unies.
Selon le document, l’ancienne élue aurait notamment entretenu des contacts avec le chef de gang Ti Lapli ainsi qu’avec Jean Gardy, alias « Pece Pim Pim ». Durant les mois ayant précédé la création officielle de la coalition Viv Ansanm en septembre 2023, elle aurait multiplié les échanges avec ces responsables armés.
Le Groupe d’experts affirme également qu’à trois reprises, Rosemila Petit Frère aurait transmis à Ti Lapli des informations confidentielles concernant des opérations imminentes de la Police nationale d’Haïti (PNH) visant notamment le gang de Grand-Ravine ainsi que d’autres groupes armés. Selon le rapport, ces fuites auraient permis aux gangs concernés d’anticiper certaines interventions policières.
Les experts évoquent également des communications régulières entre Mme Petit Frère, l’ancien député Prophane Victor et Magalie Habitant. Grâce à des contacts au sein de la police, elle aurait obtenu des rapports d’enquête confidentiels portant notamment sur ces personnalités avant de leur transmettre ces documents afin qu’ils puissent préparer leur défense.
Le rapport va plus loin en affirmant que ses liens avec certains policiers corrompus lui auraient permis d’obtenir des contrats publics liés à la fourniture d’uniformes, sans concurrence suffisante ni mécanismes de contrôle adéquats. Les experts soutiennent également qu’elle aurait exercé son influence pour favoriser certaines nominations stratégiques au sein de l’administration publique.
Selon le Groupe d’experts, une partie des fonds concernés aurait bénéficié à plusieurs groupes armés, dont Krache Dife, Bel-Air, Delmas ainsi que des composantes de Viv Ansanm. Les enquêteurs affirment que certaines opérations financières auraient transité par plusieurs entités lui appartenant, notamment Centre Commercial, Groupe Radio Mono 96.3 FM et Excel Travel.
Rosemila Petit Frère conteste toutefois les conclusions du rapport. Les experts indiquent avoir examiné ses observations avant de décider de maintenir leurs conclusions.
Au-delà du cas de l’ancienne mairesse, le rapport des Nations unies insiste sur le fait que les groupes armés continuent de bénéficier de réseaux de soutien leur permettant de financer leurs activités, d’obtenir des armes et de contourner les efforts des forces de sécurité. Pour le Groupe d’experts, les opérations visant uniquement les chefs de gangs resteront insuffisantes tant que les personnes qui les financent, les renseignent ou les protègent ne seront pas également ciblées.
Steve Luc PIERRE
