Assassinat de Jovenel Moïse : cinq ans après, entre Miami et Port-au-Prince, la longue quête de vérité

Assassinat de Jovenel Moïse : cinq ans après, entre Miami et Port-au-Prince, la longue quête de vérité

7 juillet 2021 – 7 juillet 2026, cinq ans après l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse, le dossier judiciaire demeure l’un des plus complexes et des plus sensibles de l’histoire récente d’Haïti. Tué dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021 dans sa résidence privée à Pèlerin, à Port-au-Prince, le 58e Chef de l’État a laissé derrière lui une affaire qui continue de soulever de nombreuses interrogations sur les auteurs matériels, les commanditaires et les réseaux ayant participé à la préparation du crime.

Depuis 2021, deux procédures judiciaires évoluent en parallèle : l’une en Haïti, chargée de rechercher l’ensemble des responsabilités dans l’assassinat, et l’autre aux États-Unis, principalement axée sur les personnes ayant utilisé le territoire américain pour organiser ou financer le complot. Les deux démarches ont permis certaines avancées, mais aucune n’a encore apporté toutes les réponses attendues par la société haïtienne.

En Haïti, plusieurs juges se sont succédé dans une enquête difficile

L’enquête haïtienne a connu plusieurs étapes et plusieurs changements de magistrats instructeurs depuis l’ouverture du dossier. Au moins quatre juges d’instruction se sont succédé dans cette affaire depuis 2021, chacun ayant tenté de poursuivre les investigations dans un contexte marqué par l’insécurité, les pressions et le manque de moyens.

Le juge Gary Orélien avait été initialement chargé du dossier avant de se dessaisir de l’affaire. Après lui, le juge Walter Wesser Voltaire a repris l’instruction et rendu une ordonnance ayant conduit à l’inculpation de 51 personnes, dont l’ancienne première dame Martine Moïse. Cette décision a toutefois été contestée et portée devant la Cour d’appel de Port-au-Prince.

La Cour d’appel a ensuite demandé un supplément d’information afin d’approfondir certains éléments de l’enquête. Elle a désigné le juge Jean Denis Cyprien pour poursuivre les investigations, avec pour mission d’entendre de nouveaux témoins, d’examiner de nouveaux éléments et d’identifier les auteurs matériels, les complices ainsi que les éventuels commanditaires.

Le juge Cyprien relance les auditions et les convocations

Depuis sa désignation, le juge Jean Denis Cyprien a multiplié les démarches judiciaires. Plusieurs personnalités politiques, judiciaires et médiatiques ont été convoquées dans le cadre de cette nouvelle phase de l’instruction.

Parmi les personnes concernées figurent l’ancien ministre de la Justice Rockfeller Vincent, l’ancienne juge à la Cour de cassation Wendelle Coq Thélot, ainsi que le journaliste Jean Monard Métellus. Des mandats d’amener et des avis de recherche auraient également été émis contre plusieurs suspects, notamment Samir Handal, Francis Cinéus, Mario Beauvoir et Jean Roger Noëlcius.

Le magistrat a également procédé à plusieurs auditions, dont celles de l’ancien sénateur Youri Latortue, du Directeur Général du Service National de Gestion des Résidus Solides (SNGRS), Daryl Balthazard, et de Schiller Louidor. L’ancienne première dame Martine Moïse doit également être entendue dans le cadre du supplément d’information ordonné par la Cour d’appel.

Cependant, la poursuite de l’enquête reste confrontée à d’importants défis. La protection des magistrats, les ressources nécessaires aux investigations et la situation sécuritaire du pays représentent des obstacles pour permettre à la justice haïtienne d’avancer efficacement.

Aux États-Unis, une procédure centrée sur le volet international du complot

Aux États-Unis, la justice fédérale a ouvert une procédure distincte portant sur les personnes ayant un lien avec le territoire américain. Le procès mené à Miami ne cherche pas à établir toute la chaîne de responsabilité derrière l’assassinat, mais à déterminer la culpabilité individuelle des accusés poursuivis devant un tribunal fédéral.

Plusieurs personnes ont déjà été condamnées dans ce cadre. En juin 2023, Rodolphe Jaar a été condamné à la prison à perpétuité après avoir reconnu avoir fourni des armes et des ressources au commando impliqué dans l’opération.

Un jury fédéral américain a également reconnu coupables Antonio Intriago, Walter Veintemilla, James Solages et Arcángel Pretel Ortiz pour leur participation présumée à la planification et au financement du complot. Selon les procureurs américains, des entreprises basées en Floride, notamment CTU Security, auraient joué un rôle dans la préparation logistique de l’opération.

La justice américaine estime que le projet aurait initialement visé l’enlèvement du président Jovenel Moïse avant de se transformer en assassinat. Toutefois, cette procédure ne permet pas, à elle seule, d’établir l’identité des éventuels auteurs intellectuels ou des commanditaires politiques du crime.

Un dossier toujours ouvert cinq ans après

Cinq ans après l’assassinat de Jovenel Moïse, l’affaire reste donc loin d’être définitivement résolue. Les procédures menées en Haïti et aux États-Unis ont permis de révéler certains éléments du complot, mais de nombreuses zones d’ombre demeurent.

Au-delà du dossier judiciaire, ce crime a profondément marqué la trajectoire politique d’Haïti. Depuis juillet 2021, le pays a connu une aggravation de la crise institutionnelle, une montée de l’insécurité et une extension de l’influence des groupes armés.

Pour de nombreux Haïtiens, l’enjeu dépasse la condamnation de quelques individus. Il s’agit désormais de connaître toute la vérité sur un assassinat qui a fragilisé davantage un État déjà en difficulté. Tant que les responsabilités complètes ne seront pas établies, l’affaire Jovenel Moïse restera une plaie ouverte dans la mémoire collective du pays.

Mederson Alcindor

GPL Media Libre

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