Haïti : Quand l’ONU aide à compter les morts et à recenser les victimes de l’insécurité

Haïti : Quand l’ONU aide à compter les morts et à recenser les victimes de l’insécurité

Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a présenté le lundi 15 juin 2026 à Genève un nouveau rapport alarmant sur la situation en Haïti. Le document fait état de 2 300 morts depuis le début de l’année, ainsi que de centaines de blessés et de cas d’enlèvements.

Le rapport précise également environ 1 100 personnes blessées et 99 enlèvements sur la période allant du 1er janvier au 15 juin. Ces chiffres, régulièrement répétés dans les bilans internationaux, s’accompagnent de constats récurrents sans amélioration durable observée sur le terrain, ce qui continue d’alimenter des interrogations sur l’efficacité des réponses apportées à la crise sécuritaire.

Dans son analyse, l’ONU décrit un pays où des groupes armés continuent de contrôler plusieurs zones, multipliant les attaques contre les civils dans un contexte marqué par l’impunité et l’affaiblissement des institutions publiques.

Si ces rapports permettent de documenter l’ampleur de la crise, ils soulèvent aussi des interrogations sur l’impact réel des missions internationales, des résolutions et des annonces de soutien sur la situation quotidienne de la population.

Depuis plusieurs années, les bilans se succèdent sans qu’une amélioration durable ne soit constatée sur le terrain. Cette répétition des mêmes constats nourrit un débat sur l’efficacité des réponses internationales face à une crise qui s’enracine.

Dans ce contexte, l’ONU appelle une nouvelle fois à renforcer le système judiciaire haïtien, à lutter contre l’impunité et à mettre en place des mécanismes de sécurité adaptés, tout en respectant les droits humains.

Création de la FRG et dispositif international

En octobre 2025, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté la création d’une Force de Répression des Gangs (FRG), forte de 5 500 soldats et policiers, destinée à remplacer la Mission Multinationale d’Appui à la Sécurité (MMAS), dirigée par le Kenya, qui n’a pas réussi à contenir la violence dans les départements de l’Ouest, de l’Artibonite et du Centre.

Autorisée pour une durée initiale d’un an, cette force est appuyée par un bureau onusien chargé d’assurer le soutien logistique et opérationnel.

La résolution, présentée par les États-Unis et le Panama, a été adoptée par 12 voix pour et 3 abstentions (Chine, Pakistan et Russie). Elle donne à la FRG un mandat élargi incluant des opérations ciblées contre les gangs, la sécurisation d’infrastructures stratégiques, l’appui aux forces haïtiennes et la préparation du processus électoral.

Selon l’ONU, cette intervention se déroule dans un contexte où des groupes criminels continuent de semer la terreur, responsables de meurtres, viols, enlèvements, extorsions et recrutements forcés de mineurs.

Le Bureau d’appui des Nations Unies en Haïti (UNSOH) est chargé d’assurer le soutien logistique de la mission, notamment en matière d’hébergement, de santé, d’approvisionnement, de transport, d’énergie et de communication.

Plusieurs pays, dont le Tchad, le Sri Lanka, la Côte d’Ivoire, le Bangladesh, la Sierra Leone et la Zambie, doivent contribuer au déploiement des troupes et au renforcement des effectifs.

Une insécurité persistante malgré les dispositifs

Toutefois, malgré la présence de la FRG et les opérations engagées, les Nations unies continuent de documenter la persistance des violences armées en Haïti, signe d’une situation sécuritaire toujours critique sur le terrain.

Dans ce contexte, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, doit effectuer une visite en Haïti ce mardi 16 juin 2026, selon un de ses porte-parole, Farhan Haq. Cette visite vise à évaluer l’impact des violences des gangs et la réponse de la communauté internationale.

Cette mission intervient alors qu’une nouvelle vague d’attaques armées a touché Port-au-Prince et plusieurs zones de l’Artibonite, provoquant le déplacement de milliers de personnes et aggravant la crise humanitaire.

Il s’agira de la deuxième visite de António Guterres en Haïti, après celle de juillet 2023, dans un contexte déjà marqué par une forte dégradation de la sécurité et des institutions.

Mederson Alcindor

GPL Media Libre

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