Entre annonces et réalités, le pari manqué de Mario Andrésol
Il est secrétaire d’Etat à la sécurité publique depuis janvier 2025. Mais, son rétropédalage de ce 3 février 2026 envoie un message fort à la population : il n’a pas une lecture fiable de la conjoncture et communique à l’improvisation, car, surpris par les turbulences politiques, dans un pays dont l’histoire récente est jalonnée par une crise permanente. C’est comme si, pour lui, ces turbulences étaient un phénomène météorologique soudain.
En effet, le 7 janvier 2026, le secrétaire d’État à la Sécurité publique, Mario Andrésol, annonçait la réouverture, avant le 7 février, d’au moins deux axes routiers majeurs reliant Port-au-Prince au Nord et au Sud du pays. Cette déclaration ne relevait pas d’un simple engagement politique : elle émanait d’un responsable dont le parcours à la tête de la Police nationale d’Haïti (PNH), entre 2005 et 2012, avait forgé une réputation de rigueur et de prudence dans la parole publique.
Pendant des années, Mario Andrésol avait été perçu comme un haut fonctionnaire qui évitait les annonces irréalistes, privilégiant l’action silencieuse aux promesses spectaculaires. C’est précisément cette image qui avait nourri, au sein de la population, l’espoir d’un redressement sécuritaire lors de sa nomination, en janvier 2025, au poste de secrétaire d’État à la Sécurité publique.
Or, moins d’un mois après l’annonce du 7 janvier, la situation sur le terrain reste inchangée. L’entrée nord de Port-au-Prince demeure sous le contrôle des groupes armés, tandis qu’une partie significative de la route nationale numéro 2 reste dominée par la coalition Viv Ansanm. Les axes annoncés ne sont ni sécurisés ni rouverts à la circulation normale. Dans l’intervalle, certaines opérations menées par la PNH et la Task Force ont permis de dégager ponctuellement quelques rues de la capitale.
Toutefois, ces actions, limitées dans l’espace et dans le temps, n’ont pas entraîné la reprise effective des corridors stratégiques annoncés. Pour les usagers, transporteurs, commerçants et riverains, la réalité quotidienne demeure marquée par les mêmes blocages, les mêmes risques et les mêmes restrictions.
Le 3 février 2026, à quatre jours de l’échéance qu’il avait lui-même fixée, Mario Andrésol est revenu sur sa promesse. Intervenant lors du Mardi de la Nation, il a expliqué que son annonce reposait sur des données laissant espérer une réouverture des routes nationales Nord et Sud, mais que l’évolution de la conjoncture politique avait contraint les forces de sécurité à revoir leurs priorités. La protection de sites stratégiques aurait ainsi mobilisé une grande partie des ressources humaines et matérielles, au détriment des opérations offensives contre les gangs.
Ce changement de discours constitue une rupture notable. Là où la déclaration du 7 janvier laissait entendre une capacité opérationnelle maîtrisée et une échéance claire, l’argumentaire du 3 février introduit désormais des contraintes politiques et techniques absentes de la communication initiale. Aucun nouveau calendrier précis n’a, par ailleurs, été avancé.
Au-delà du revirement, deux autres aspects interpellent: d’une part, les citoyens continuent de subir l’insécurité, l’enclavement et l’impossibilité de circuler librement entre la capitale et les régions; de l’autre, cela revèle que ces dirigeants peuvent annoncer des décisions sans avoir pris le temps d’évaluer le contexte. C’est comme gouverner sur la base de la foi.
Le contraste est d’autant plus frappant que le Mario Andrésol d’autrefois s’était imposé comme un responsable pour qui la parole engageait l’institution. En 2026, la séquence observée, promesse publique, absence de résultats visibles, puis justification technique, alimente un sentiment de décalage entre l’image passée et la pratique actuelle.
À l’approche du 7 février, les faits sont désormais établis : les axes routiers annoncés ne sont pas rouverts, et la promesse du 7 janvier a été révisée avant même son échéance. Dans cet intervalle, la population, qui avait cru à un tournant sécuritaire porté par une figure jugée crédible, continue de payer le prix de déclarations non suivies d’effets concrets
Steeve Luc PIERRE
