53 ans, violée par des jeunes qui auraient pû être ses enfants
« Ils m’ont battue et cassé les dents. Trois jeunes qui pourraient être mes enfants. » À 53 ans, cette femme raconte l’agression qui a bouleversé sa vie. Des jeunes armés l’ont frappé avant de la violer. Lorsqu’elle a refusé de se soumettre, les coups se sont intensifiés.
« Quand j’ai refusé de coucher avec eux, ils m’ont frappée et je suis tombée. Pendant que je luttais, ils m’ont donné des coups dans le dos qui me font encore mal, des mois plus tard », se lamente cette mère. L’horreur ne s’est pas arrêtée là. « Après m’avoir violée, ils ont violé ma fille, et battu mon mari. »
Ce témoignage accablant figure dans un récent rapport publié par l’ONG Médecins Sans Frontières sur les violences sexuelles et sexistes à Port-au-Prince. Selon MSF, le document s’appuie sur dix années de données médicales et de témoignages recueillis à la clinique Pran Men’m, créée en 2015 par l’organisation et spécialisée dans la prise en charge de ces types de cas.
En dix ans, près de 17 000 personnes y ont reçu des « soins médicaux et psychosociaux complets », dont 98 % de femmes et de filles, selon le rapport. Depuis 2021, l’organisation dit avoir constaté une forte aggravation de la situation impliquant des conséquences directes sur le corps femmes et les filles à Port-au-Prince.
« Le nombre de survivants.es pris en charge par la clinique a presque triplé », explique Diana Manilla Arroyo, cheffe de mission de Médecins Sans Frontières en Haïti. De plus, les admissions mensuelles sont passées d’environ 95 en 2021 à plus de 250 en 2025. La détérioration de la situation coïncide aussi avec la variation des profils des survivants.es. D’après le rapport, plus de la moitié des personnes prises en charge étaient de mineures avant 2022.
Cependant, à partir de cette année, cette proportion est réduite de moitié et la clinique a vu augmenté le nombre des survivantes agées de 50 à 80 ans. Pendant cette même période, plus de la moitié des agresseurs sont des membres de groupes armés, selon les témoignages des survivantes cités dans le document.
Face à cette situation, « MSF appelle à une action urgente et coordonnée des autorités haïtiennes, des bailleurs, des agences onusiennes, des prestataires de services et des acteurs de la sécurité. »
Dans un pays miné par l’instabilité politique et la mainmise des gangs sur une grande partie de la capitale, les femmes payent doublement les frais de l’insécurité. Si devant l’ampleur de la situation il est urgent d’agir, cependant, une voix manque à l’appel: celle des autorités. Aucun plan , aucune politique n’est mise en œuvre pour accompagner, protéger ces milliers de victimes.
Peterson Luxama
Image d’illustration : MSF
