Haïti : à l’approche du 7 février, la crise s’intensifie entre le CPT et le Premier ministre

Haïti : à l’approche du 7 février, la crise s’intensifie entre le CPT et le Premier ministre

À mesure que s’approche la date du 7 février 2026, marquant la fin du mandat des membres du Conseil présidentiel de transition (CPT), la tension monte dangereusement au sommet de l’État haïtien. La tentative de plusieurs conseillers-présidents de révoquer le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé ravive les incertitudes politiques et provoque une réaction ferme de la communauté internationale, inquiète des conséquences d’un nouvel épisode d’instabilité institutionnelle.

Dans une série de messages publiés sur ses canaux officiels, le Canada s’est dit profondément préoccupé par les initiatives visant à remplacer le chef du gouvernement à seulement quelques jours de la fin du mandat du CPT. Selon Ottawa, une telle démarche ne pourrait qu’affaiblir la stabilité et la sécurité du pays à un moment jugé crucial.

Rappelant son engagement à accompagner Haïti vers le rétablissement de la sécurité et le respect du droit constitutionnel du peuple haïtien à choisir librement ses dirigeants, le gouvernement canadien exhorte les membres du CPT à respecter leur engagement de quitter leurs fonctions le 7 février et à ne pas entraver davantage le processus électoral. Le Canada se dit par ailleurs prêt à prendre des mesures contre tout acteur dont les actions compromettraient la paix, la sécurité et la stabilité du pays.

Avant même la prise de position canadienne, les États-Unis avaient déjà haussé le ton. Dans un message publié par l’ambassade américaine en Haïti, Washington affirme que son objectif demeure l’instauration d’un « niveau minimal de sécurité et de stabilité ». À ce titre, toute tentative de modification de la composition du gouvernement par un organe de transition non élu, à ce stade avancé de son mandat, serait perçue comme une manœuvre visant à saper cet objectif et serait considérée comme nulle et non avenue. Les autorités américaines menacent également de sanctions toute personnalité soutenant une telle initiative.

Ces prises de position successives donnent l’image d’une communauté internationale de plus en plus alignée derrière le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Malgré une résolution signée par cinq conseillers-présidents appelant à sa destitution, le chef du gouvernement continue de bénéficier d’un soutien diplomatique notable. Une note de l’Union européenne indique qu’il s’est récemment entretenu avec l’Équipe Europe, composée notamment de représentants de l’Allemagne, de l’Espagne, de la France et de l’Union européenne. Les échanges ont été qualifiés de constructifs, notamment autour des efforts engagés en matière de sécurité.

À l’approche de l’échéance du 7 février, les rappels à l’ordre se multiplient. Après Washington et Ottawa, l’Organisation des États Américains (OEA) a souligné que cette date consacrera la fin du mandat des membres du CPT. Dans un communiqué publié le 22 janvier, l’organisation régionale a toutefois précisé que toute décision concernant les futurs arrangements de gouvernance relève avant tout des acteurs haïtiens, évitant ainsi de prendre clairement position dans le bras de fer opposant le CPT au Premier ministre.

Sur le terrain politique interne, la fracture reste profonde. Lors d’une conférence de presse tenue ce vendredi, Leslie Voltaire, accompagné d’Edgard Leblanc Fils, a rappelé que le choix d’Alix Didier Fils-Aimé à la tête du gouvernement émanait initialement du CPT lui-même. Estimant que le Premier ministre n’a pas répondu aux attentes de la population après une année d’exercice, le représentant de Fanmi Lavalas affirme qu’il est du devoir du Conseil de préparer la relève et d’ouvrir la voie à l’installation d’un nouveau gouvernement à partir du 7 février.

Pris en étau entre la pression internationale, favorable au maintien du Premier ministre, et la détermination d’une partie du CPT à provoquer son départ, le pays s’enfonce un peu plus dans une crise institutionnelle aux contours incertains. À quelques jours d’une date charnière, Haïti demeure suspendue à des décisions dont l’impact pourrait être déterminant pour la stabilité politique et sécuritaire du pays.

Jean Daniel PIERRE

GPL Media Libre

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