Corruption au MJSAC : accusée par l’ULCC, la ministre préfère plaider sa cause sur les réseaux sociaux
L’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) a transmis à la justice, le 26 septembre dernier, un rapport d’enquête mettant en cause la ministre de la Jeunesse, des Sports et de l’Action Civique (MJSAC), Niola Lynn Sarah Dévalis Octavius, soupçonnée de détournement de fonds lors des activités de commémoration de la bataille de Vertières du 18 novembre 2024. Quelques jours plus tard, la ministre a réagi en publiant un contre-rapport de huit pages, présenté comme une réponse technique et juridique à l’enquête de l’ULCC.
Selon ce rapport, l’ULCC affirme avoir constaté plusieurs irrégularités administratives et financières dans l’utilisation des fonds. Sur les 10 millions de gourdes destinés à l’organisation de l’activité, 7,66 millions auraient été dépensés sans pièces justificatives conformes ou utilisées à d’autres fins que celles prévues.
La ministre Dévalis Octavius, son chef de sécurité Jean Vilaire Maître, ainsi que le comptable du ministère Ludner Vogel Desforges, sont tous cités dans le document. Les infractions présumées comprennent notamment abus de fonction, association de malfaiteurs, détournement de fonds et complicité de détournement.
En conséquence, l’ULCC a recommandé la mise en mouvement de l’action publique contre ces trois responsables, estimant que les éléments recueillis suffisent à engager des poursuites.
Cependant, le 4 octobre 2025, soit une semaine après la publication du rapport de l’ULCC, le MJSAC a répliqué en publiant sur Facebook un contre-rapport de huit pages accompagné d’une note explicative.
Ce document, rédigé par le cabinet de la ministre, vise à critiquer la méthodologie et la base juridique du rapport de l’ULCC.
Dès l’introduction, le texte affirme que certaines allégations sont « abracadabrantes » et reposent sur des fondements contraires aux principes de droit et à la présomption d’innocence.
Le contre-rapport soutient notamment que : les conclusions de l’ULCC reposent largement sur des déclarations orales, aucune pièce justificative ne prouve l’existence d’un détournement, les montants cités présentent des incohérences, le document officiel ne contient ni index clair ni annexes complètes et certaines infractions auraient été mal qualifiées juridiquement.
Ainsi, selon le cabinet ministériel, ces failles affaiblissent la portée du rapport et justifient une réévaluation judiciaire.
La publication de ce contre-rapport sur la page officielle du ministère a cependant suscité de vives réactions. Plusieurs internautes ont critiqué la démarche, estimant qu’un tel document devait être soumis à la justice plutôt que diffusé sur les réseaux sociaux.
De fait, cette affaire relance le débat sur la gestion des affaires publiques à travers Internet. Depuis quelques années, plusieurs responsables politiques haïtiens mis en cause préfèrent répondre en ligne plutôt que devant les instances judiciaires compétentes.
Plus encore, nombre de politiciens utilisent désormais les réseaux sociaux et certains médias pour se dédouaner, se présenter comme victimes de persécution politique et ainsi éviter les tribunaux.
De nombreux commentaires sous la publication rappellent que « Facebook n’est pas un tribunal », appelant la ministre à présenter sa défense dans le cadre légal approprié.
Pour l’heure, aucune décision judiciaire n’a encore été rendue. L’ULCC maintient sa position, tandis que la ministre défend sa gestion à travers son contre-rapport.
Le parquet devra désormais trancher à la lumière des deux documents afin de déterminer s’il y a lieu d’engager des poursuites.
En définitive, cette affaire illustre une fois de plus la crise de confiance entre les institutions publiques et l’opinion citoyenne, dans un contexte où les réseaux sociaux s’imposent comme le principal espace de réaction et de justification politique en Haïti.
