Quand Fritz Jean crache sur le travail des policiers : « Même les policiers morts savaient qu’il n’y avait pas de volonté de combattre les gangs »
Ce vendredi, à la Villa d’Accueil, lors d’une entrevue accordée à un groupe de journalistes, le président du Conseil présidentiel de transition, Fritz Alphonse Jean, a tenu des propos qui suscitent la controverse. Interrogé sur la question brûlante de l’insécurité, il a affirmé que « c’est seulement à partir de novembre dernier que les forces de l’ordre ont réellement commencé à affronter les bandits. Avant cela, il n’y avait pas de véritable combat contre les gangs. »
Cette déclaration a immédiatement provoqué la réaction du journaliste Frantz Duval, qui l’a interrompu en soulignant le caractère offensant de tels propos envers les policiers tombés avant cette date. « Les policiers morts avant novembre ne seraient pas d’accord avec ce que vous venez de dire, » a-t-il répliqué. « Il y a eu des agents qui ont combattu les gangs et y ont laissé leur vie. Les populations en fuite, elles non plus, ne comprendraient pas que vous affirmiez qu’il n’y avait aucun combat. »
Mais loin de revenir sur ses paroles, Fritz Alphonse Jean a persisté : « Même les policiers morts savaient qu’il n’y avait pas de volonté réelle de combattre les gangs à l’époque. C’est aujourd’hui que nous avons cette volonté. »
Ces propos ont été reçus comme une gifle pour les familles des policiers tombés en service, ainsi que pour les citoyens des zones assiégées par les groupes armés. Car bien avant novembre 2024, des dizaines de policiers luttaient au péril de leur vie contre l’emprise grandissante des gangs.
Rien que pour l’année 2024, plus d’une trentaine de policiers ont été tués avant le mois de novembre. Le 6 février, une attaque sanglante contre le sous-commissariat de Bon Repos a coûté la vie à six policiers, parmi lesquels des inspecteurs et des femmes. En juin, à Delmas, trois membres de l’ UTAG ont été tués puis brûlés dans une embuscade attribuée au gang de Jimmy Chérizier, alias Barbecue. En septembre, à Gressier, un policier blessé lors d’une opération a succombé trois jours plus tard, faute de soins adéquats. Sans oublier ceux qui, blessés, sont aujourd’hui handicapés à vie.
Mais de quelle volonté parle réellement Fritz Jean ? Depuis novembre, de nombreuses localités sont tombées aux mains des gangs : Kenskoff, Mirebalais, Solino, Pacot… À Wharf Jérémie, un massacre a été perpétré sans qu’aucune opération d’envergure ne soit menée en représailles. Les zones perdues ont-elles été reprises ? Non.
Aujourd’hui, si Port-au-Prince n’est pas entièrement sous le joug de la coalition « Viv Ansanm », c’est en grande partie grâce aux brigades locales de Canapé-Vert, souvent composées de simples citoyens organisés pour défendre leur quartier. Ce sont même certains chefs de gang qui reconnaissent publiquement l’efficacité de ces brigades.
En niant le travail de ceux qui ont risqué, et parfois perdu, leur vie pour contenir l’insécurité, Fritz Alphonse Jean semble effacer l’héroïsme des policiers, des soldats FAD’H, et des volontaires anonymes qui ont refusé de céder face à la terreur.
Il foule aux pieds le travail de responsables comme Normil Rameau, directeur général de la PNH, qui a mené de nombreuses opérations difficiles en territoire hostile. Il minimise le prix du sang versé par des centaines de familles haïtiennes endeuillées.
Alors que le pays est en quête de stabilité, cette déclaration jette une ombre sur la cohésion nationale. On ne peut pas construire l’avenir en méprisant ceux qui ont donné leur vie pour protéger le présent.
