Des livres, des files, des frustrations : le revers de Livres en Folie

Des livres, des files, des frustrations : le revers de Livres en Folie

L’édition 2025 de Livres en Folie s’est tenue comme prévu dans l’enceinte du Collège des Frères de Pétion-Ville, confirmant son statut de plus grand rendez-vous du livre en Haïti. Une foule impressionnante s’est déplacée malgré la conjoncture nationale difficile. Étudiants, enseignants, passionnés de lecture et curieux se sont entassés dans les cours et couloirs de l’établissement pour prendre part à ce moment unique de communion autour de la littérature haïtienne.

Le Premier ministre, présent à l’événement, n’a pas manqué de saluer la vitalité du secteur littéraire. Dans un communiqué de la Primature, il a félicité les auteurs pour leur contribution à l’essor intellectuel du pays, tout en soulignant la force symbolique de cet événement dans un contexte social instable. Ce qui l’a le plus marqué, selon ses propos, c’est la participation massive des jeunes : « Cette jeunesse avide de savoir et de mots est notre plus belle promesse d’avenir. »

Mais au-delà de l’enthousiasme officiel, de nombreux lecteurs repartent avec un sentiment partagé. Car l’organisation de l’événement a laissé beaucoup à désirer. Pour acheter un livre, il fallait d’abord passer par une file d’attente parfois interminable. Puis suivre un processus en trois étapes : la commande, le paiement, et enfin la livraison. Une procédure lourde, répétitive, sans encadrement suffisant, qui a découragé plus d’un.

L’absence de personnel pour orienter les visiteurs, l’insuffisance d’indications claires et la désorganisation dans les espaces de vente ont créé un véritable chaos. Les maisons d’édition comme C3 Éditions ou Nouveautés Plus, pourtant très attendues, étaient difficiles d’accès, tant physiquement que logistiquement.

Les séances de signature, moment phare de l’événement, n’étaient même pas obligatoires après l’achat. Et beaucoup de lecteurs, épuisés par le processus d’acquisition, ont tout simplement abandonné l’idée de rencontrer les auteurs. Ce qui aurait pu être un moment magique d’échange et de valorisation du livre s’est ainsi transformé, pour beaucoup, en un simple exercice d’endurance.

Malgré tout, la ferveur populaire, elle, ne s’est pas démentie. On ne peut que saluer l’attachement du public haïtien à la lecture, à l’imaginaire et à la culture, même quand tout semble l’en éloigner. L’élan populaire était réel, sincère, profond. Et c’est peut-être cela qui sauve encore Livres en Folie : cette passion indestructible pour les mots, cette envie d’apprendre, de comprendre, de rêver.

Il est désormais urgent que les organisateurs revoient leur copie pour les prochaines éditions. Car cette flamme ne doit pas s’éteindre sous le poids des lenteurs, du désordre et du découragement. Le pays a besoin de livres, de rencontres, de culture. Et Livres en Folie a besoin de respect pour son public.

Jean Daniel PIERRE

GPL Media Libre

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