Haïti – Gangs classés terroristes : Diego Da Rin, expert d’Haïti, alerte sur les effets de cette mesure

Haïti – Gangs classés terroristes : Diego Da Rin, expert d’Haïti, alerte sur les effets de cette mesure

Le vendredi 2 mai 2025, les États-Unis ont franchi un cap majeur dans leur politique haïtienne en classant deux puissants groupes armés, la coalition Viv Ansanm, qui règne sur Port-au-Prince et ses environs, et le gang Gran Grif, actif dans l’Artibonite, comme organisations terroristes étrangères.

Une mesure censée renforcer la lutte contre la violence endémique, mais dont les répercussions pourraient s’avérer bien plus complexes, comme l’explique Diego Da Rin, chercheur à l’International Crisis Group, dans un entretien exclusif avec RFI.

Diego Da Rin est analyste pour l’International Crisis Group, une organisation reconnue pour ses recherches indépendantes sur les zones de conflit. Il est spécialiste de l’Amérique latine et suit de près la situation en Haïti depuis plusieurs années. Ses analyses sont régulièrement sollicitées par les médias internationaux. Da Rin plaide pour des approches nuancées et inclusives dans la gestion de la crise haïtienne, combinant pression internationale et dialogue politique local.

Selon lui, la désignation de ces gangs comme « terroristes » peut certes compliquer la vie de ceux qui soutiennent ou arment ces groupes, mais les effets négatifs risquent de dépasser les avantages escomptés. Il évoque une mesure politique quasi irréversible, sans véritable portée sur des entités déjà en dehors du cadre légal. « Si l’objectif est de réintégrer certains membres, notamment des jeunes enrôlés de force, cette décision ferme la porte à toute sortie de crise négociée », déplore-t-il.

En outre, l’analyste souligne l’intention des autorités américaines de faciliter le transfert de chefs de gangs vers des centres pénitentiaires étrangers, comme le Cecot au Salvador. Mais sur le terrain, « ce sont les gangs qui dominent, pas l’État », rappelle-t-il. L’application pratique de cette stratégie reste donc très incertaine.

L’un des points les plus préoccupants reste l’impact sur les opérations humanitaires et économiques en Haïti. Les zones contrôlées par les gangs exigent parfois des négociations pour acheminer l’aide. Or, cette désignation expose les ONG à des poursuites, car aucune exception n’est prévue dans les textes. « Face à ce risque, la plupart des acteurs préfèreront se retirer, aggravant la crise humanitaire », alerte Diego Da Rin.

Mais le chercheur met également en lumière une autre conséquence inquiétante : la politique migratoire. Cette désignation pourrait servir d’outil pour accélérer les expulsions de ressortissants haïtiens ou justifier le refus de visas, même sans preuves tangibles. Il cite l’exemple de certains Vénézuéliens faussement accusés d’appartenir à des gangs, un précédent qui pourrait se reproduire. « Cela ouvre la voie à une stigmatisation accrue des Haïtiens aux États-Unis », prévient-il.

En somme, la décision américaine, bien qu’ambitieuse, semble poser autant de problèmes qu’elle prétend en résoudre. Pour Diego Da Rin, il s’agit d’un choix risqué qui pourrait fragiliser davantage la société haïtienne déjà en proie à un effondrement de l’État et à une misère croissante. À l’heure où l’aide humanitaire et le dialogue sont plus que jamais nécessaires, la rigidité de cette mesure pourrait bien aggraver la situation sur tous les fronts.

GPL Media Libre

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