Les autorités haïtiennes s’en fichent de leur peuple : deux tragédies d’avril en sont la preuve

Les autorités haïtiennes s’en fichent de leur peuple : deux tragédies d’avril en sont la preuve

Avril 2025. Un mois de feu, de sang et d’humiliation pour le peuple haïtien. Et pourtant, face à cette détresse, les autorités du pays brillent par leur silence, leur lenteur, leur mépris. Deux événements récents le prouvent sans détour : d’un côté, une opération meurtrière à Port-au-Prince ; de l’autre, des actes de barbarie en République dominicaine. Dans les deux cas, le gouvernement n’a pas réagi. En revanche, il a trouvé le temps et les mots pour exprimer sa compassion envers l’Inde.

Mercredi 23 avril, dans l’après-midi, la zone de Pacot à Haut Turgeau a été le théâtre d’intenses affrontements entre des membres de la Brigade de Canapé-Vert et des groupes armés. Le bilan est lourd : au moins six membres tués, dont deux agents de la PNH, deux soldats des FAD’H, et d’autres blessés. Parmi les victimes, un brigadier proche de Samuel, le chef de cette brigade de sécurité communautaire.

Face à cette tragédie, aucune réaction officielle. Silence total. Le gouvernement haïtien n’a soufflé mot. Ce n’est que plusieurs heures plus tard, vers 23h, qu’une note a été publiée pour exprimer de « sincères condoléances ». Pourquoi si tard ? Parce que, entre-temps, la publication officielle exprimant la solidarité d’Haïti avec le peuple indien, suite aux attaques survenues à Pahalgam, avait provoqué une avalanche de commentaires indignés. Le peuple a littéralement lynché les autorités en ligne pour leur indifférence à ce qui se passe chez eux, à Port-au-Prince, à Pacot, sous leurs yeux.

Le même jour, pendant que des Haïtiens tombaient sous les balles à Pacot, des pelleteuses en République dominicaine rasaient les maisons d’Haïtiens, dans le cadre d’une politique migratoire brutale. Les vidéos, devenues virales, ont choqué l’opinion. Et une fois de plus, le gouvernement haïtien a gardé le silence. Pas de protestation officielle. Pas de rappel d’ambassadeur. Pas même une ligne de condamnation.

Paradoxalement, ce gouvernement si silencieux quand ses propres citoyens meurent ou sont humiliés, a su trouver très rapidement la parole pour exprimer sa compassion envers l’Inde. Une belle note diplomatique, publiée dans l’urgence, pleine de formules creuses, adressée à un pays situé à plus de 12 000 kilomètres d’Haïti.

Certains défenseurs du pouvoir parlent de « diplomatie nécessaire ». Mais cette diplomatie, quand elle se fait au détriment de la réalité nationale, devient une gifle pour les victimes haïtiennes.

Un peu plus tôt dans le mois, alors que les hommes de Jeff Canaan et Lanmò San Jou progressaient à grand pas vers Mirebalais, semant la terreur et le désespoir, les autorités haïtiennes publiaient un communiqué pompeux pour pleurer les morts dominicains dans une discothèque de Santo Domingo.

« Nos cœurs battent à l’unisson », écrivait-on. Une « âme haïtienne » qui pleure plus facilement à l’étranger qu’à domicile, pendant que Mirebalais sombrait dans une crise silencieuse.

Ce que révèlent ces événements, c’est un profond mépris pour le peuple. Un gouvernement plus prompt à verser des larmes pour des pays étrangers qu’à prendre soin de sa population. Ce n’est qu’après avoir été publiquement humiliés sur les réseaux sociaux qu’ils se sont rappelés de leurs morts à Pacot.

Et pendant ce temps, le peuple, abandonné, s’organise. Sans espoir, sans État, sans voix. Et ce sont ces mêmes autorités qui, demain encore, oseront parler de « souveraineté », de « respect », de « fierté nationale ».

Steeve Luc PIERRE

GPL Media Libre

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