« Roselande Belony n’a jamais eu de fiancé », rectifie son père coupant court aux rumeurs dégradantes
Une vidéo intime fuite, une réputation brisée, des fausses informations relayées en masse… Et si Roselande Belony n’avait été qu’une victime de plus d’un système qui adore juger sans comprendre ?
Depuis plusieurs jours, le nom de la jeune Roselande Belony, une ancienne journaliste de Radio Télévision Pacific, circule partout sur les réseaux sociaux. Au centre du scandale : plusieurs vidéos d’elle, en plein rapport sexuel avec un homme, devenues virales en un rien de temps.
Mais là où la vidéo aurait pu provoquer un débat sur la vie privée ou la sécurité numérique, c’est la réputation de la jeune femme qui a été crucifiée. L’homme dans la vidéo ? Oublié. L’intimité violée ? Écartée. Les projecteurs étaient braqués uniquement sur Roselande, jugée, humiliée, condamnée publiquement.
La version la plus relayée sur les réseaux sociaux racontait une histoire sulfureuse : Roselande serait fiancée à un jeune homme de son église, un chrétien comme elle. Fidèle à ses valeurs religieuses, elle lui aurait refusé tout rapport sexuel avant le mariage. Pourtant, l’homme dans la vidéo n’était pas ce fiancé, mais un amant. Et c’est ce prétendu fiancé, fou de rage après avoir découvert les vidéos dans son téléphone, qui les aurait publiées pour se venger sur un canal Telegram appelé “HaitianPie”.
Cette version, bien que non vérifiée, a été partagée massivement. Elle a suffi pour que des milliers d’internautes salissent le nom de Roselande, la traitant de menteuse, d’hypocrite, et de traîtresse à sa foi. Certains sont même allés jusqu’à dire que son père, un pasteur, l’aurait expulsée de la maison familiale, ne pouvant « garder une païenne chez lui ». Mais cette histoire ne tient pas debout. Et c’est le père de Roselande lui-même qui est monté au créneau pour rétablir la vérité.
Le père de Roselande, Serge Bélony, joint par téléphone, a accordé une interview exclusive à Pierre Richard Guillaume, présentateur de l’émission Blocus sur Strom TV. Il a profité de cette intervention pour démentir plusieurs rumeurs. Il a précisé qu’il n’est pas pasteur, mais chauffeur et mécanicien, et qu’il n’a pas mis les pieds dans une église depuis plus de dix ans.
Il a poursuivi en expliquant que l’homme dans la vidéo était bel et bien le copain officiel de sa fille, et que tout le monde était au courant de cette relation, y compris les membres de l’église où elle persévérait.
Selon lui, il n’a jamais été question de fiançailles. La relation a duré un bon moment, mais elle a pris fin environ huit mois plus tôt, à cause de pressions venues de l’église. Le style du jeune homme – cheveux tressés, oreilles percées – ne correspondait pas aux standards de la communauté religieuse. L’église a fini par intervenir pour demander à Roselande de mettre fin à cette relation. Mais contrairement à la version virale, ce n’est pas l’ex-petit ami qui a diffusé les vidéos.
Toujours selon le père, tout a basculé un jour où Roselande allait rendre visite à un malade de son église. En chemin, elle accompagne la personne à l’hôpital. À son retour, elle prend une moto-taxi. Lorsque le chauffeur arrive à Cazeau, il emprunte un itinéraire étrange. Lorsqu’elle l’interroge, il lui répond qu’il évite des hommes armés plus loin.
Un peu plus loin, il éteint les phares et fait semblant d’avoir une panne. Méfiante, Roselande décide de descendre. C’est à ce moment-là que le motard, en réalité un voleur, sort une arme et la menace : « Si tu te retournes, je tire. » Sous la menace, il lui prend son téléphone et lui ordonne de désactiver tous les systèmes de sécurité.
Plus tard, il accède au contenu du téléphone et commence à envoyer des messages dans des groupes WhatsApp où Roselande est présente, disant qu’elle a été kidnappée et demandant une rançon de 10 000 dollars. Quand certaines personnes essaient d’en savoir plus, il les insulte violemment.
Quelques heures plus tard, il commence à publier les vidéos privées retrouvées dans le téléphone de Roselande. Des vidéos qui dataient de l’époque où elle était en couple avec le jeune homme que tout le monde attaque aujourd’hui, à tort.
Ce que cette affaire montre, c’est à quel point la société haïtienne est rapide à juger une femme dès qu’il est question de sexualité, encore plus si elle est croyante, encore plus si elle est publique. Roselande a été lynchée sans preuve, sans réflexion, sans compassion. Peu importe que les faits aient été faux. Peu importe qu’elle ait été victime d’un vol. Peu importe que ce soit un crime. Aujourd’hui, Roselande est salie, moquée, rejetée, simplement pour avoir été humaine.
La diffusion de contenus intimes sans consentement est un crime grave. L’État haïtien ne peut plus détourner les yeux. Il faut des lois claires et des sanctions exemplaires contre : les voleurs de téléphones contenant des données sensibles, les personnes qui diffusent ou partagent ces contenus, et les plateformes qui hébergent ces vidéos.
Le respect de la vie privée n’est pas un luxe. C’est un droit fondamental. Et tant que ces crimes resteront impunis, d’autres vies seront brisées, comme celle de Roselande.
Steeve Luc PIERRE
