« L’État ne nous donne même pas un couteau » : révélations choc de Me Richemond sur l’abandon des commissaires du Gouvernement
Dans une déclaration poignante faite ce jeudi 17 avril 2025 sur les ondes de Caraïbes FM, l’ancien Commissaire du Gouvernement des Cayes, Me Ronald Richemond, a mis à nu l’une des plus grandes failles du système judiciaire haïtien : l’abandon total des Commissaires du Gouvernement par l’État. Alors qu’il répondait à des accusations du délégué départemental du Sud, ses révélations sur le manque de moyens logistiques et matériels accordés aux CG ont provoqué la stupeur.
Lundi 14 avril 2025, lors de son passage au journal « Premye Okazyon » sur Caraïbes FM, Linscold Charles, délégué départemental du Sud, a lancé de graves accusations contre Me Ronald Richemond, ex-Commissaire du Gouvernement (CG) près le tribunal de première instance des Cayes. Il affirmait que ce dernier dirigeait un groupe armé assimilable à une force paramilitaire et détenait près de 15 armes de longue portée.
Trois jours plus tard, invité à répondre sur la même antenne, Me Richemond a rejeté en bloc ces allégations. Il a expliqué que son équipe, composée de dix personnes, lui-même inclus, ne pouvait pas disposer d’autant d’armes. Dans le détail, cette équipe comprenait : un agent de sécurité du parquet, un civil, un policier parlementaire, deux agents de la police municipale, quatre policiers et lui-même. Lorsqu’il a quitté ses fonctions, précise-t-il, tous les biens en sa possession ont été remis, avec constat et procès-verbal.
Mais c’est en voulant laver son honneur que l’ancien CG a fait une déclaration beaucoup plus percutante, qui dépasse le cadre de sa défense personnelle : « L’État ne donne même pas un couteau aux Commissaires du Gouvernement pour combattre l’insécurité. »
Ce constat accablant, selon Me Richemond, n’est pas propre à sa personne, mais à l’ensemble des 18 Commissaires du Gouvernement en poste à travers le pays. Cela signifie qu’aucun d’eux ne reçoit officiellement d’équipement ou de ressources pour faire face aux menaces, malgré la gravité de la crise sécuritaire.
Or, dans la réalité, certains CG sont vus à la tête de groupes armés bien équipés, menant des opérations contre des gangs. Si l’État ne fournit rien, comme Richemond le soutient, une question dérangeante s’impose : d’où viennent ces armes et qui les contrôle ?
L’ancien CG tente d’éclairer cette zone d’ombre. Il révèle que durant son mandat, les rares moyens à sa disposition provenaient de la solidarité de la population civile et du soutien de certains policiers. Il raconte par exemple qu’en 2019, alors qu’il menait des opérations contre le gang de « Kilikou » dans la ville des Cayes, la PNH lui avait prêté une arme de calibre 12. Le reste du matériel provenait soit d’emprunts informels à des autorités policières locales, soit d’un appui ponctuel de citoyens.
Richemond insiste : « Une arme de guerre coûte environ 5000 dollars américains. Aucun Commissaire du Gouvernement ne dispose d’un tel budget. » Cette déclaration soulève un véritable paradoxe : comment expliquer la présence d’armes de guerre dans certaines juridictions, si ni l’État ni les CG n’en ont les moyens ?
Les propos de Me Richemond, loin d’être anecdotiques, pointent du doigt une dérive systémique inquiétante. Dans un pays où l’État n’équipe même pas ses propres représentants légaux, ces derniers sont contraints de se tourner vers des réseaux parallèles, des dons privés ou des prêts d’armes pour accomplir leur mission.
Une situation dangereuse, où la frontière entre autorité publique et initiative privée devient floue, voire incontrôlable. Ce constat appelle à une urgente réforme du fonctionnement judiciaire et à un réarmement institutionnel dans les règles, avant que la justice ne se transforme définitivement en champ de débrouillardise armée.
Steeve Luc PIERRE
