Champin: Quand la dignité balaie les kits alimentaires du ministre Nelson
Au Cap-Haïtien, le quartier Champin a été le théâtre d’une scène inhabituelle, le 26 avril dernier. Des habitants ont refusé ce que l’État haïtien leur sert depuis des décennies : des kits alimentaires en guise de réponse à des crises profondes.
Face au ministre des Affaires sociales et du Travail, Marc Elie Nelson, venu distribuer du riz, des pattes, de l’huile, entre autres, la population a opposé un refus à la hauteur de cette « indécence étatique ». Pas de violence spectaculaire, mais quelque chose de plus fort : une parole éclairée, collective, à la limite politique.
« Mon lit est sous l’eau et tu m’apportes du riz », a balancé un homme paru aux cotés d’autres gens du quartier dans une vidéo publiée par le journal CTN, pour critiquer cette gouvernance qui persiste à traiter les symptômes au lieu des causes. Au Cap-Haïtien, comme dans tant d’autres quartiers du pays, les canalisations sont obstruées, les routes défoncées. En conséquence, des quartiers et des villes se retrouvent inondées après quelques gouttes de pluies. Mais, la réponse institutionnelle reste la même. Des sacs de riz, contre des maisons sous l’eau.
Un autre habitant, visiblement frustré, enfonce le clou : « Nous avons l’habitude de manger du riz chez nous. Nous ne voulons pas de ça. Nous réclamons le nettoyage des canaux, l’assainissement de la ville. »
Pendant longtemps, ces distributions ont été acceptées, parfois par nécessité ou faute d’alternative. Elles ont installé une relation débalancée entre gouvernants et gouvernés, où l’État se met en scène comme sauveur ponctuel, au lieu d’assumer son rôle de garant des infrastructures et des services publics.
« Allez-vous-en ! Regardez l’état de la route, et vous pensez que c’est du riz que nous méritons ? » La mise en scène a, cette fois, échoué à Champin.
Ce refus pzut être considéré comme une mise en accusation publique d’un modèle de gouvernance qui privilégie le visible sur le durable, le ponctuel sur le structurel.
C’est un véritable tournant. Cet acte ne rejette pas seulement une aide jugée inadéquate, il conteste une logique entière : celle d’un pouvoir qui confond urgence et communication et qui priorise l’assistance sur les politiques publiques.
Refuser un kit alimentaire quand on vit dans la précarité, ce n’est pas anodin. C’est un acte politique qui envoie un message clair : cette population ne veut plus survivre, elle veut vivre.
