Haïti : près d’une centaine de morts en quinze jours, chronique d’un État défaillant
En moins de deux semaines, Haïti a replongé dans l’horreur. Environ une centaine de vies fauchées, entre violences armées et catastrophe humaine, dans un pays où l’absence de l’État n’est plus une simple critique politique, mais une réalité tragique. Deux événements récents, le massacre dans l’Artibonite et le drame survenu à la Citadelle Laferrière, illustrent avec brutalité l’effondrement des mécanismes de protection publique.
Fin mars 2026, la région de l’Artibonite s’est transformée en zone de terreur. Au moins 70 personnes ont été tuées, plus de 30 autres blessées, tandis que près de 6 000 habitants ont fui leurs localités, notamment Jean Denis et Pont-Sondé, après des attaques attribuées à des groupes armés. Ces chiffres, rapportés par des organisations de défense des droits humains, traduisent une réalité accablante. Des territoires entiers échappent au contrôle des autorités, laissant les populations à la merci des gangs. L’absence d’intervention rapide et efficace des forces de l’ordre soulève une question centrale : l’État est-il encore en mesure d’assurer la sécurité de ses citoyens ?
Quelques jours plus tard, le samedi 11 avril 2026, un autre drame est venu endeuiller le pays. À la Citadelle Laferrière, une affluence exceptionnelle a provoqué une situation de congestion humaine qui a viré à la panique. Des cas d’asphyxie, de piétinement et de pertes de conscience ont été enregistrés. Le bilan provisoire fait état d’environ 30 morts, de dizaines de blessés et de plusieurs disparus. Ce qui devait être un moment de rassemblement et de fierté nationale s’est transformé en tragédie.
Ce drame ne peut être réduit à un simple accident. Il met en évidence de graves lacunes dans l’organisation et la gestion des foules. L’absence de dispositifs adéquats de sécurité, de contrôle et d’intervention rapide démontre une fois de plus les limites des autorités dans la prévention des risques majeurs. Dans un site aussi symbolique et fréquenté, un minimum de planification aurait pu éviter le pire.
Ces deux événements, bien que différents, révèlent une même réalité. L’État haïtien faillit à ses responsabilités essentielles. D’un côté, il ne parvient pas à contenir la violence des groupes armés. De l’autre, il échoue à encadrer des rassemblements publics pourtant prévisibles. Dans les deux cas, les conséquences sont dramatiques et les pertes humaines considérables.
Au-delà des chiffres, ce sont des familles détruites, des communautés déplacées et une population plongée dans l’angoisse. Dans l’Artibonite comme au Cap-Haïtien, les survivants témoignent d’un sentiment d’abandon profond. L’absence de réponse rapide, coordonnée et efficace renforce l’idée d’un pays livré à lui-même.
Cette succession de tragédies en un laps de temps aussi court ne peut être ignorée. Elle met en lumière une crise structurelle qui dépasse les événements eux-mêmes. Tant que des mesures sérieuses ne seront pas prises pour rétablir la sécurité, renforcer les institutions et anticiper les risques, de tels drames continueront de se produire.
Car aujourd’hui, en Haïti, ce n’est pas seulement la violence ou l’impréparation qui tuent. C’est aussi, et surtout, l’absence de l’État.
Jean Daniel PIERRE
