Haïti : Une élection sous contrôle des gangs ?

Haïti : Une élection sous contrôle des gangs ?

Le communiqué est tombé comme une mauvaise blague. Le Premier Ministre Alix Didier Fils-Aimé, après une visite au Conseil Électoral provisoire, annonce fièrement « une étape importante vers le renforcement des institutions démocratiques » avec la mise en place d’un nouveau Conseil Électoral Provisoire (CEP). Il parle d’élections imminentes, de transparence, d’inclusion.

Mais à quel pays s’adresse-t-il ? Certainement pas à celui que vivent des millions d’Haïtiens chaque jour, enfermés dans une capitale et des provinces totalement contrôlées par les gangs armés.

Car dans la réalité, il n’y a pas d’État. Il n’y a que la peur, les armes, l’impunité, et la survie. Cela fait plus de quatre ans que personne du gouvernement ne peut traverser Martissant, verrou stratégique au sud de la capitale. Aucun ministre, aucun policier, aucun soldat n’ose s’y aventurer. Même la Mission de Sécurité Spéciale (MSS), censée appuyer les forces de l’ordre, ne contrôle pas une seule rue dans ces zones rouges.

Et ce n’est pas un cas isolé. À Carrefour, c’est Krisla qui donne les ordres. Mariani est tombée sous le contrôle de Bout Ba et du gang Gran Ravin. Merger, Lambi, Gressier, même situation. Les autorités ne peuvent même pas organiser une réunion de quartier, encore moins installer un bureau de vote.

Au cœur de la capitale, le gang Viv Ansanm a imposé sa domination sur des quartiers entiers, pendant que 400 Mawozo et Taliban dirigés par Lanmò San Jou et Jeff Gwo contrôlent toute la Plaine du Cul-de-sac jusqu’à Saut d’Eau et Mirbalais. Et que dire de Vitelòm, officiellement recherché par les États-Unis, qui opère librement à Tabarre et Pétion-Ville, ou encore de Barbecue, ancien policier qui règne en maître sur Bas-Delmas, pendant que Mikanò garde la mainmise sur Wharf Jérémie…

Le gouvernement ne contrôle ni les territoires, ni les routes, ni même les bâtiments publics dans ces zones. Pourtant, il parle d’élections. Mais qui ira voter ? Où seront installés les bureaux de vote ? Qui assurera la sécurité ? Qui garantira que ce processus ne sera pas un arrangement entre les gangs et les élites ?

La vérité est brutale : le pouvoir haïtien, sous pression de la communauté internationale, cherche à simuler une démocratie dans un pays qui vit sous occupation criminelle. La population civile, elle, paie le prix fort. Entre les balles perdues des opérations mal planifiées, les drones explosifs utilisés dans les quartiers populaires, et l’impuissance manifeste de la police face aux malfrats, le peuple est pris en étau, abandonné à son sort.

Les routes nationales, notamment vers Martissant, Fontamara et Carrefour, sont des pièges mortels. On y circule avec la peur au ventre, sous la menace constante des gangs, mais aussi sous les tirs erratiques des forces de l’ordre, souvent mal préparées, mal équipées, mal dirigées.

Dans ce chaos, la voix du Premier Ministre sonne creux. Il parle de « confiance du peuple », de « scrutins crédibles », alors que tout indique le contraire. C’est une insulte à l’intelligence collective du pays, un mépris déguisé en discours républicain.

Comment ose-t-on parler de démocratie quand l’État ne peut même pas garantir la réouverture du plus grand centre hospitalier du pays, l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti ? Quand des quartiers entiers vivent sans tribunal, sans école, sans commissariat, sans électricité ?

La question n’est plus seulement politique. Elle est existentielle : qui a maudit ce pays ? Comment a-t-on pu laisser Haïti tomber aussi bas, sans cri d’alarme réel, sans remise en question profonde ? L’élection annoncée n’est qu’un rideau de fumée. Une illusion destinée à calmer les bailleurs, à entretenir l’apparence d’un processus républicain, alors que la République n’existe plus sur la majeure partie du territoire.

Ce ne sont pas des élections qu’il faut. C’est une reconstruction complète de l’autorité, de la justice, de la dignité humaine. Avant de voter, il faut pouvoir vivre.

GPL Media Libre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *