Plus de 160 000 emplois menacés par les affrontements armés à la plaine du cul-de-sac

La dégradation sécuritaire et routière aux abords de l’Aéroport Toussaint Louverture suscite une vive inquiétude dans le secteur privé. Dans un communiqué conjoint, Rhum Barbancourt, Brasserie la Couronne et Séjourné S.A. alertent sur le risque imminent de voir cette zone stratégique basculer en « territoire perdu ».
Les entreprises rapportent que, du 18 au 21 avril, des affrontements d’une « violence extrême » ont opposé des groupes armés entre la Route Nationale nº1 et la Route nº9, à proximité immédiate de leurs installations. Si une accalmie est observée, celle-ci reste précaire. Employés, familles et riverains vivent dans la peur et hésitent à reprendre leurs activités dans cette zone autrefois dynamique.
Dans leur communiqué, les signataires pointent du doigt un obstacle majeur à toute réponse sécuritaire efficace : l’état de dégradation avancé de la Route Nationale nº1. Selon eux, cette situation empêche même les unités de la Police Nationale d’Haïti de circuler normalement, les véhicules blindés risquant de s’embourber en tentant d’accéder à des points sensibles comme l’ancien commissariat de Cazeau ou le Ministère de l’Agriculture.
« Les forces publiques ne peuvent même pas faire le tour complet de l’aéroport », déplorent-elles, s’interrogeant sur la possibilité de sécuriser durablement le périmètre aéroportuaire dans de telles conditions. Pour ces entreprises, la conclusion est sans appel : sans réhabilitation urgente de ce tronçon stratégique, aucune stabilisation réelle de la zone ne peut être envisagée.
Au-delà de la sécurité, les enjeux économiques et sociaux sont considérables. À elles seules, les trois entreprises totalisent plus de 2 500 emplois directs et près de 160 000 emplois indirects. La Fondation Barbancourt, contrainte de suspendre ses activités, assurait auparavant la prise en charge de plus de 1 500 patients par mois et l’accompagnement quotidien de centaines d’enfants.
Les signataires appellent ainsi les autorités à intervenir sans délai afin de réhabiliter la Route Nationale nº1, permettre le déploiement effectif des forces de l’ordre et reprendre le contrôle de cette zone névralgique. Ils avertissent que l’abandon de ce périmètre reviendrait à sacrifier des milliers d’emplois, des familles entières et un pilier essentiel de l’économie nationale.
« Le temps des constats est terminé. L’État doit agir maintenant », conclut le communiqué, dans un appel pressant à une réponse rapide et concrète.
Jean Daniel Pierre
