Violence, territoires perdus, massacres : Louis Gérald Gilles parle d’amélioration de la situation sécuritaire

Violence, territoires perdus, massacres : Louis Gérald Gilles parle d’amélioration de la situation sécuritaire

Ce vendredi 11 juillet 2025, en marge de la Journée mondiale de la population célébrée à l’hôtel Montana, le conseiller président Louis Gérald Gilles a pris la parole au micro d’un journaliste de la Radio Galaxie. À cette occasion, il a déclaré que « la situation sécuritaire en Haïti montre une amélioration significative » et assuré que « l’insécurité sera totalement résolue d’ici la fin du mois d’août ».

Une déclaration qui suscite l’étonnement, tant elle semble déconnectée de la réalité quotidienne vécue par des millions d’Haïtiens. Médecin de profession, Louis Gérald Gilles apparaît ici comme un praticien face à une patiente mourante à qui il promet la guérison, non pas par conviction médicale, mais pour détourner l’attention , voire pour tirer profit de la situation. Pendant ce temps, la nation agonise.

Depuis l’arrivée au pouvoir du Conseil présidentiel de transition (CPT), dont M. Gilles est un des membres, la situation sécuritaire du pays n’a cessé de se détériorer. Des zones stratégiques comme Gréssier, Mirebalais, Solino, Kenskoff, Saut-d’Eau, Lascahobas, Lachapelle, Nazon, Christ-Roi, Delmas 19 et Delmas 30 ont échappé à l’autorité de l’État pour tomber entre les mains de groupes armés. À Port-au-Prince, à peine 10 % du territoire reste encore sous contrôle, et cela uniquement grâce à la présence de groupes d’autodéfense locaux.

Pendant ce temps, les services publics reculent, les routes nationales deviennent impraticables, et même les déplacements des membres du gouvernement, y compris ceux du conseiller président lui-même, ne se font que par voie aérienne dans certaines régions, notamment vers le Grand Sud.

Interrogé sur cette situation, Louis Gérald Gilles a déclaré : « Nous sommes plus proches d’une solution qu’il y a 4, 5 ou même 2 ans. À l’époque, les cas de kidnapping étaient beaucoup plus fréquents. Aujourd’hui, on constate que les enlèvements ont presque disparu. Cela prouve qu’une bataille est en cours. »

Pourtant, cette baisse apparente des enlèvements ne traduit en rien un progrès global. Au contraire, elle coïncide avec une prise de contrôle de plus en plus affirmée du territoire par les gangs armés, dans un contexte où l’État se retire ou reste absent. Les actes criminels ne disparaissent pas, ils changent de forme. Les zones prises par les groupes armés vivent sous un régime de terreur permanente, où aucun citoyen ne peut circuler librement, ni accéder aux services de base.

Sous la gouvernance du CPT, plusieurs massacres ont endeuillé la population. Pont-Sondé, Wharf Jérémie : des noms qui évoquent désormais les pires dérives de la violence armée. Des centaines de morts, des familles entières massacrées, des zones entières vidées de leurs habitants. Aucun discours officiel, aucune enquête sérieuse, aucun plan de réponse d’urgence ne semble émerger de ces tragédies.

Ces épisodes de violence extrême se sont déroulés sous les yeux de l’administration en place. Et pourtant, au micro, le conseiller président parle d’amélioration. Les familles endeuillées apprécieront.

Louis Gérald Gilles, en tant que médecin, sait reconnaître les signes vitaux d’un organisme en détresse. Et pourtant, dans ses fonctions politiques, il décrit une situation stable alors que tout s’effondre. Le contraste est flagrant : alors que le pays souffre d’une hémorragie sécuritaire et institutionnelle, il affirme que la guérison est proche. Cette attitude évoque celle d’un médecin qui nie l’urgence du traitement, rassure la patiente à tort, et détourne les proches de la vérité.

La sortie médiatique du conseiller président Louis Gérald Gilles reflète une stratégie de communication qui nie l’évidence. Pendant qu’il parle d’amélioration, des territoires sont perdus, des massacres sont perpétrés, la population est déplacée, et la souveraineté de l’État continue de reculer. Affirmer que tout va mieux alors que tout s’aggrave n’est pas seulement une erreur de jugement : c’est un acte de légèreté face à une tragédie nationale. Et cela, l’histoire ne l’oubliera pas.

GPL Media Libre

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