Des balles dans le corps d’un président, un bandeau sur les yeux d’un peuple : quatre ans d’ombre, d’oubli et de trahison

Des balles dans le corps d’un président, un bandeau sur les yeux d’un peuple : quatre ans d’ombre, d’oubli et de trahison

Quatre ans plus tard, le mystère reste entier.
Le 7 juillet 2021, le président haïtien Jovenel Moïse était assassiné dans sa résidence privée à Pèlerin 5. Un chef d’État en fonction, abattu dans son lit, chez lui, sous les yeux de son épouse et de ses agents de sécurité. Quatre ans plus tard, aucune lumière réelle n’a encore été faite sur ce crime d’État.

Un commando armé fait irruption dans la maison du chef de l’État. Le président est criblé de balles, seul à être tué dans la résidence. Aucun agent de sécurité n’a été blessé, encore moins tué, ce qui renforce le mystère. Des témoins affirment que Jovenel Moïse a eu le temps d’appeler à l’aide, mais personne n’est venu à son secours. Une tragédie silencieuse. Un abandon total.

Pire encore : certaines personnes se trouvant avec lui au moment de l’attaque, dans la même maison, dans la même pièce, n’ont jamais livré une version claire des faits. Elles parlent de tout, sauf de ce qui compte : la vérité.

Dans les jours suivants, des centaines d’arrestations sont menées, dont plusieurs étrangers colombiens, soupçonnés d’avoir participé activement au crime. Pourtant, aucune avancée réelle. L’instruction du dossier devient un véritable champ de mines.

Des juges haïtiens refusent de s’en charger, par peur pour leur vie. D’autres abandonnent en cours de route. La justice s’effondre sous le poids du dossier.

Aujourd’hui, ce qui frappe, c’est ce jeu généralisé d’accusations. Tout le monde parle. Les politiciens s’accusent entre eux, des membres de la famille présidentielle avancent des récits contradictoires, des responsables de sécurité racontent des versions incohérentes. Même les jeunes dans les rues affirment “savoir ce qui s’est passé”.

Tout le monde sait. Tout le monde raconte. Sauf la population haïtienne. Celle-là même qui continue de vivre dans le doute, dans la confusion, dans la frustration. Celle qui observe, impuissante, alors que les présumés coupables défilent, échappent à la justice ou disparaissent.

Certains avancent même que cet assassinat n’est que le revers de la médaille. Que le président, qui n’avait pas répondu aux appels à l’aide du peuple, a fini lui aussi par appeler en vain. Un chef d’État abandonné, comme le peuple qu’il dirigeait.

Des personnes clés, arrêtées dans les semaines qui ont suivi, sont considérées comme essentielles pour comprendre ce qui s’est passé. On les appelait “les pièces maîtresses”. Mais depuis, rien. Aucun témoignage public. Aucun procès sérieux. Aucun éclaircissement.

Le dossier n’avance pas. Les gouvernements se succèdent, les promesses se répètent, les commissions se multiplient, mais la vérité reste enfermée quelque part, sous silence ou sous protection.

Certes, Jovenel Moïse était un président décrié. Il gouvernait dans la controverse, sous tension, critiqué pour ses dérives et ses décisions. Mais il était le président en fonction, élu par une partie du peuple haïtien. Et son assassinat à domicile, dans des conditions aussi troubles, reste un événement sans précédent dans l’histoire récente du pays.

Aujourd’hui, le peuple haïtien ne pleure pas uniquement un président. Il pleure l’absence de justice, le mépris de la vérité, la défaillance de l’État. Il pleure un symbole de plus dans une longue série de blessures non cicatrisées.

Tant que cette vérité ne sera pas révélée, la démocratie haïtienne ne pourra pas se reconstruire. Car le 7 juillet 2021 n’est pas seulement un fait divers. C’est un crime contre l’histoire, contre la mémoire collective, contre l’espoir d’un peuple.

GPL Media Libre

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