Examens officiels à Carrefour : quand l’État compose sous la protection des gangs armés

Examens officiels à Carrefour : quand l’État compose sous la protection des gangs armés

Ce lundi 30 juin, des milliers d’élèves de la 9e Année Fondamentale à travers le pays ont entamé les épreuves officielles organisées par le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP). À Carrefour, toutefois, ces examens se déroulent, pour la deuxième année consécutive, sous la surveillance visible de groupes armés, en lieu et place des institutions étatiques normalement chargées de la sécurité publique.

Ce matin, les rues de Fontamara, Bizoton, Thor, Mon Repos et bien d’autres zones étaient patrouillées non pas par les agents de la Direction Centrale de la Police Routière (DCPR) ni par ceux de l’unité EDUPOL , toutes deux structures de la Police nationale d’Haïti , mais par des hommes lourdement armés, vêtus de treillis, régulant la circulation et encadrant le déroulement des examens. Les forces de sécurité de l’État étaient totalement absentes. Ce sont ces hommes, non reconnus officiellement, qui ont veillé à ce que les élèves arrivent à destination et que les centres restent calmes.

Le MENFP, de son côté, continue d’affirmer que toutes les dispositions ont été prises pour garantir le bon déroulement des examens à l’échelle nationale. Le ministre Augustin Antoine a déclaré que les fiches d’évaluation avaient été distribuées à temps, les superviseurs mobilisés, les règles rappelées. Mais dans la réalité carrefouroise, cette organisation repose sur un encadrement parallèle : celui de groupes armés qui imposent leur autorité dans l’espace public depuis plus d’un an.

Aucune alternative n’a été envisagée par le ministère, qui se retrouve à organiser les examens dans une commune où l’État ne détient plus le contrôle effectif du territoire. Les zones voisines étant elles aussi sous emprise armée, relocaliser les centres ne semblait manifestement pas envisageable. L’administration centrale a donc préféré maintenir l’opération dans les conditions existantes, acceptant de fait une sécurisation assurée par des acteurs non officiels.

Récemment encore, ces mêmes groupes avaient décrété puis fait respecter une grève générale. Aujourd’hui, ce sont eux qui encadrent le bon déroulement d’un processus républicain, dans un calme pesant, sans la moindre présence policière.

L’État compose avec la réalité. Mais cette réalité, elle, impose désormais sa propre loi, ses propres codes et ses propres priorités. Alors que les élèves écrivent leurs réponses sur des feuilles officielles, l’État haïtien, lui, semble écrire en marge.

GPL Media Libre

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