Martissant, 4 ans d’oubli : chronique d’un abandon national

Martissant, 4 ans d’oubli : chronique d’un abandon national

Quatre années. Quatre longues années depuis que le quartier stratégique de Martissant est tombé entre les mains des gangs armés, bloquant l’accès à la route nationale #2, principal axe menant aux départements du Sud, du Sud-Est, des Nippes et de la Grand’Anse. Une date sombre gravée dans la mémoire collective d’un peuple abandonné, trahi par ceux-là mêmes censés le défendre.

Le 1er juin 2021, la République d’Haïti sombrait un peu plus dans l’horreur. Martissant, jadis corridor vital pour les échanges entre la capitale et le Grand Sud, devenait un champ de bataille entre gangs rivaux. Le président Jovenel Moïse, toujours en fonction, observait la descente aux enfers sans jamais esquisser une réponse d’État. Son Premier ministre de l’époque, Claude Joseph, avait certes traversé la zone à pied avec le directeur général de la Police Nationale, Léon Charles image spectaculaire qui frappa l’opinion publique mais ce geste symbolique, sans plan d’action ni opération concrète, restera l’un des plus tristes témoignages de l’impuissance du pouvoir face à l’expansion du terrorisme armé.

Un mois plus tard, le 7 juillet 2021, le président Moïse était assassiné. Un crime resté impuni, reflet d’un système en décomposition. Le docteur Ariel Henry, nommé dans les dernières heures du régime, prit les rênes de la primature avec la bénédiction de la communauté internationale. Trois ans plus tard, le constat est accablant : aucune initiative sérieuse n’a été engagée pour libérer Martissant, encore moins pour rétablir l’autorité de l’État dans les quartiers stratégiques du sud de la capitale.

Pire encore, sous le gouvernement Henry, la situation s’est généralisée. Après Martissant, ce fut Carrefour-Feuilles, puis Mariani… Partout, des familles déplacées, des cadavres abandonnés, des maisons incendiées, des quartiers entiers rayés de la carte de la République.

La réponse de l’exécutif ? Des discours, des promesses, des conférences de presse. Rien de plus. Ariel Henry, perçu par une majorité comme un chef de gouvernement déconnecté, s’est accroché au pouvoir jusqu’à la mi-mars 2025, avant de démissionner sous pression pour laisser place au Conseil Présidentiel de Transition (CPT), fruit de l’accord du 3 avril. Ce dernier regroupe des figures politiques aussi controversées que Claude Joseph (EDE), Moïse Jean-Charles (Pitit Desalin), et des représentants du parti Lavalas de Jean Bertrand Aristide, pour ne citer que ceux-là.

Mais qu’a réellement produit ce regroupement ? Jusqu’ici, une administration sans vision claire, sans stratégie de reconquête, sans volonté manifeste de soulager une population traumatisée. Les violences n’ont cessé d’augmenter dans la zone métropolitaine.

Les gangs opèrent à visage découvert, imposant leur loi à plus de 85 % du territoire de Port-au-Prince. Même Carrefour, l’une des rares communes de la capitale où les institutions d’État fonctionnent encore timidement, n’échappe pas au contrôle du chef de gang Krisla, devenu une figure incontournable du chaos ambiant.

Et la fameuse force multinationale de sécurité, annoncée à grand renfort de communiqués ? Elle brille par son absence dans les zones clés comme Martissant. Les Haïtiens attendent toujours, sans illusion, une action tangible.

Une faillite politique totale

Quatre ans. Quatre ans que Martissant est rayé de la carte républicaine. Quatre ans que les habitants du Sud vivent dans une forme d’exil intérieur. Quatre ans que l’État haïtien a capitulé devant des bandes armées, sans jamais prononcer le mot « reconquête ».

Responsables de cette tragédie : Jovenel Moïse, pour avoir permis la prise de Martissant sans résistance ; Claude Joseph et Léon Charles, pour leur inaction sécuritaire ; Ariel Henry, pour son immobilisme historique ; et enfin les partis politiques réunis aujourd’hui dans le CPT, complices d’une descente aux enfers accélérée du pays.

Martissant n’est pas qu’un territoire perdu. C’est le symbole de l’effondrement d’un État, d’une trahison collective, et d’un peuple abandonné.

GPL Media Libre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *