Déplacés internes en Haïti : des vies brisées, des promesses oubliées, et un plat chaud comme seule réponse d’État

Déplacés internes en Haïti : des vies brisées, des promesses oubliées, et un plat chaud comme seule réponse d’État

Depuis plus de quatre ans, la population haïtienne vit sous l’emprise de la terreur imposée par des gangs lourdement armés. La capitale Port-au-Prince, autrefois centre administratif et économique du pays, est devenue un territoire morcelé, encerclé, où l’insécurité a chassé des milliers de familles de leur foyer. Ces personnes, devenues déplacées internes, survivent aujourd’hui dans des conditions inhumaines, abandonnées par un État qui ne fait que promettre sans jamais agir.

Dans un rapport publié par l’Office de la Protection du Citoyen (OPC), l’institution met à nu l’ampleur de la crise humanitaire qui sévit dans la zone métropolitaine. Au total, plus d’un million de personnes sont aujourd’hui déplacées à l’intérieur du pays, dont près de 50 000 réparties dans seize (16) camps visités par les enquêteurs de l’OPC entre 2023 et 2024.

Ces camps ne sont rien d’autre que des espaces publics détournés de leur fonction première : écoles nationales, ministères, universités, locaux de partis politiques, bâtiments privés, voire anciens dépôts de carburant.

Le tableau est sombre. Les déplacés dorment à même le sol, dans les salles de classe, les couloirs, les toits, les galeries ou dans des abris précaires faits de toiles, de draps ou de tôles. L’accès à l’eau potable est limité, les soins sanitaires inexistants, les maladies (gale,choléra, infections, malnutrition) se répandent. Les femmes enceintes n’ont aucun accompagnement médical, les enfants ne vont plus à l’école, les personnes âgées et en situation de handicap sont marginalisées.

Et face à tout cela, quelle est la réponse du gouvernement haïtien ? Un « plat chaud ». Oui, dans un pays où plus d’un million de citoyens ont été contraints de fuir leur maison, où des enfants vivent dans la peur et la crasse, l’État se vante de distribuer des repas. Une mesure ponctuelle, fragile, inefficace, qui reflète la misère morale et stratégique d’un pouvoir incapable d’agir.

Le rapport de l’OPC ne se contente pas de dresser un constat. Il interpelle directement l’État sur ses responsabilités. Selon les Principes Directeurs des Nations Unies relatifs aux personnes déplacées internes, il revient aux autorités nationales de garantir : la protection des déplacés, l’accès aux services de base et surtout, la mise en œuvre de programmes de retour, de réinstallation et de réintégration durables.

Mais en Haïti, ces principes sont ignorés. Il n’existe à ce jour aucune politique cohérente, aucun plan structuré, aucune institution véritablement engagée dans le relogement des déplacés. Les promesses faites par les Premiers ministres successifs n’ont jamais été suivies d’effet. Elles ne sont que des discours creux, répétés à chaque crise, oubliés dès que les caméras s’éteignent.

Pire encore, certaines autorités profitent politiquement de la souffrance des déplacés, transformant leur présence dans les camps en opportunité pour se faire valoir à travers des distributions médiatisées, des visites improvisées, des gestes symboliques sans lendemain.

Pendant ce temps, les camps continuent de s’agrandir. De nouveaux espaces sont occupés. Des déplacés qui tentaient de retourner chez eux sont de nouveau contraints à fuir. La peur continue de dicter la géographie de la capitale.

Ce drame silencieux n’est pas seulement humanitaire. Il est juridique, moral, politique. Il révèle l’effondrement de l’autorité publique, l’absence d’un État de droit, le mépris des droits humains les plus fondamentaux.

L’OPC appelle à un changement de cap. Il exhorte les autorités à respecter leurs engagements, à adopter une politique de gestion du déplacement interne conforme aux standards internationaux, et à replacer la dignité humaine au cœur des priorités nationales.

Steeve Luc PIERRE

Photo d’illustration : PAM Haïti

GPL Media Libre

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