Magalie Habitant, au cœur d’un vaste réseau criminel : révélations explosives d’une enquête de la DCPJ
D’après un article-choc de Francklyn Geffrard publié sur RHINEWS, Magalie Habitant, ancienne directrice du Service National de Gestion des Résidus Solides (SNGRS), figure aujourd’hui au centre d’un dossier criminel explosif. Des révélations troublantes issues d’une enquête de la DCPJ l’accusent d’être un maillon essentiel d’un vaste réseau impliquant politiciens, hauts fonctionnaires et chefs de gangs armés.
Cette semaine encore, l’un de ses interlocuteurs privilégiés, le chef de gang surnommé Chalè, a abattu froidement deux inspecteurs de l’ UDMO sur la route de l’aéroport. Pendant longtemps, Magalie balayait les accusations d’un revers de main, affirmant qu’il s’agissait de tentatives pour salir sa réputation par des envieux « égris de son succès ». Mais cette fois, les preuves sont accablantes.
Depuis 2019, selon les relevés de téléphonie fournis par Digicel, deux numéros de téléphone utilisés par Magalie Habitant, le 3645-1608 et le 3946-6024, ont été en contact régulier avec les lignes de plusieurs des plus puissants chefs de gangs haïtiens, dont Jimmy Chérizier alias « Barbecue », Johnson André alias « Izo », Renel Destina alias « Ti Lapli », Claudy Célestin alias « Chen Mechan », et Vitelhomme Innocent. Ces contacts sont appuyés par des enregistrements d’appels, des messages WhatsApp et des fichiers audio extraits de téléphones saisis.
Dans une conversation vocale avec Kempès Sanon alias « Granmoun nan », ce dernier lui réclame « vingt caisses de cartouches de différents calibres ». Elle lui répond : « Kòm se batay nap batay, fòk nou jwenn 20 kès bal, kès la 3500 sa fè 70,000 dola ». Elle ajoute : « Dim konbyen kòb lap kapab men nap jwenn mayi », confirmant ainsi une aide logistique directe aux bandes armées. Une autre conversation avec Chalè confirme également la livraison d’un véhicule.
Lors de ses interrogatoires, Magalie Habitant a reconnu avoir eu des échanges réguliers avec Barbecue, Izo, Ti Lapli et Chen Mechan. Elle admet avoir utilisé son propre téléphone et celui de son chauffeur pour envoyer de l’argent via MonCash à plusieurs chefs de gangs. Elle affirme aussi avoir été mandatée par feu le président Jovenel Moïse en 2021 pour faciliter la libération d’otages dominicains à Grand-Ravine, mission pour laquelle elle a versé un million de gourdes à Ezéchiel Alexandre alias « Ze ».
Les enquêteurs ont également mis au jour ses liens personnels avec des figures politiques de premier plan. Elle dit avoir grandi avec Jimmy Chérizier à Delmas 6, entretient des relations avec l’ex-sénateur Guy Philippe et reconnaît avoir joué un rôle dans la promotion stratégique de l’Inspecteur Général Alain Auguste à la tête de la PNH, en s’appuyant sur l’influence des gangs. À noter que Guy Philippe a été arrêté en 2017 par la BLTS (Bureau de Lutte Contre le Trafic de Stupéfiants), et un avion de la DEA a procédé à son extradition vers les États-Unis, le même jour, pour des faits de trafic de stupéfiants.
Une note vocale attribuée à Jimmy Chérizier mentionne une transaction entre lui et le Directeur Général de la Caisse d’Assistance Sociale (CAS), avec Magalie comme intermédiaire : « M te pale ak DG wi… demen maten lap voye 350,000 goud pou ou ». Le Directeur de la CAS, Elionor Devallon, est aujourd’hui interpellé dans le cadre du même dossier.
Les investigations révèlent également l’existence d’un réseau étendu de collaborateurs : Tipouchon, Sonson, Celelou, Kervens Louis, Fernando — tous impliqués dans des trafics d’armes, de véhicules volés et des négociations liées à des enlèvements. Les zones de communication couvrent Laboule, Duvivier, Canapé-Vert, Champs-de-Mars, Solino, Vivy Mitchell, entre autres.
Magalie Habitant est également indexée dans plusieurs crimes graves, dont les incendies de Solino (novembre 2024), l’enlèvement d’un groupe d’élèves à la Croix-des-Bouquets en 2020, le kidnapping des religieux du 11 avril 2021, et une attaque contre le convoi de l’ambassade du Chili. Elle aurait également facilité la remise d’un véhicule blindé au chef de gang Jeff Gwo Lwa.
Une séquence d’interrogatoire fait aussi état de l’assassinat des militants Jean Denis Joseph et Dickson Orestes, liés au parti Pitit Dessalines. Magalie admet une altercation avec Joseph peu avant sa mort. Concernant Orestes, elle affirme qu’il avait été envoyé par Louis Gérald Gilles pour ouvrir des négociations avec les gangs de « Viv Ansanm ». Il aurait été exécuté après avoir servi d’intermédiaire.
Enfin, l’usage par Magalie du téléphone de l’ancien député Prophane Victor (3993-5151) pour coordonner l’approvisionnement en munitions démontre une implication directe de figures politiques. Dans un message, elle lui ordonne : « Fòk nou jwenn mayi ». Victor, interrogé, reconnaît l’échange mais tente d’en minimiser la portée.
Au vu de l’ampleur des preuves et de la profondeur des ramifications, la DCPJ considère Magalie Habitant comme l’un des piliers d’un réseau criminel structuré, mêlant élites politiques, chefs de gangs et institutions publiques. Ce dossier, qui secoue les fondements déjà fragiles de l’État haïtien, pourrait bien devenir l’un des plus emblématiques de l’histoire judiciaire contemporaine du pays.
Avec Rhinews
