Billets abîmés et altercations quotidiennes : un reflet de la crise haïtienne
En Haïti, notamment dans des régions comme l’Artibonite, le Sud et à Léogâne, les blocages routiers et l’insécurité paralysent l’approvisionnement en billets neufs par la Banque Centrale. Résultat : l’utilisation de billets mutilés devient la norme, créant des tensions quotidiennes entre chauffeurs, passagers, marchands et acheteurs. Certains billets, tellement abîmés, sont rafistolés avec du ruban adhésif. Cette situation, qui semble anodine, illustre à quel point l’insécurité mine le fonctionnement normal du pays et aggrave la crise socio-économique.
Depuis plusieurs mois, les blocages routiers récurrents empêchent la Banque Centrale d’acheminer des billets neufs vers les banques commerciales. En conséquence, les citoyens doivent se contenter de billets en mauvais état, déchirés ou tachés, pour leurs transactions quotidiennes. Dans des villes comme Léogâne, Gonaïves et l’arrondissement des Cayes cette pratique alimente des altercations constantes entre les différentes couches de la population.
Face à l’impossibilité de se procurer des billets en bon état, de nombreux Haïtiens ont recours à des solutions de fortune. Les billets mutilés, souvent déchirés en plusieurs morceaux, sont rafistolés à l’aide de ruban adhésif. Bien que cette pratique permette de prolonger leur usage, elle devient aussi une source de conflits.
En effet, dans les tap-taps ou sur les motos-taxis, les chauffeurs refusent souvent les paiements effectués avec des billets abîmés ou collés. Cela engendre des altercations verbales où les passagers rétorquent fréquemment : « Je n’ai pas d’autres billets » ou encore « Donnez ce billet aux pompistes lorsque vous ferez le plein, ce genre de billet, c’est pour eux. » De telles remarques traduisent le ras-le-bol général face à cette crise monétaire.
D’un autre côté, lorsqu’il s’agit de rendre la monnaie, les chauffeurs sont parfois confrontés à des passagers mécontents qui refusent les billets mutilés en échange de leur paiement. Ils argumentent : « J’ai donné un billet neuf, je ne veux pas de celui-ci ! » Ces échanges tendus illustrent à quel point la confiance dans le système monétaire se détériore, augmentant les tensions entre usagers des transports.
Par ailleurs, les marchés publics ne sont pas épargnés par ces difficultés. Les marchands, eux aussi, hésitent à accepter les billets mutilés par crainte de ne pas pouvoir les réutiliser. Cela exacerbe les frustrations, tant du côté des acheteurs que des vendeurs. Ces derniers doivent parfois se résoudre à refuser des ventes ou à chercher des solutions pour écouler les billets endommagés, notamment auprès de pompistes, qui semblent être les derniers recours pour ces billets dégradés.
Une crise économique aggravée par l’insécurité :
Ainsi, cette prolifération des billets mutilés met en lumière un problème systémique. L’insécurité et les blocages routiers, provoqués par des gangs armés ou des mouvements sociaux, paralysent non seulement l’économie locale, mais aussi les institutions financières. Cela renforce le stress des commerçants, des chauffeurs et des consommateurs, tout en dégradant davantage les relations sociales.
En définitive, l’usage massif de billets mutilés, parfois rafistolés avec du ruban adhésif, n’est pas seulement une question de logistique monétaire, mais un révélateur des dysfonctionnements profonds de la société haïtienne. Les altercations fréquentes, dans les transports comme sur les marchés, traduisent une méfiance croissante entre les citoyens.
Il est urgent que des solutions soient trouvées pour rétablir un approvisionnement régulier en billets neufs et apaiser les tensions sociales. En attendant, les Haïtiens continuent de s’adapter tant bien que mal à une situation de plus en plus insoutenable.
Steeve Luc PIERRE
