MMAS : les Bahamas promettent un bataillon, livrent une demi-douzaine et envisagent déjà la sortie

MMAS : les Bahamas promettent un bataillon, livrent une demi-douzaine et envisagent déjà la sortie

Alors qu’Haïti traverse une crise sécuritaire et humanitaire d’une intensité rare, le soutien international annoncé semble, pour le moins, hésitant. En effet, les Bahamas avaient fait grand bruit en promettant d’envoyer 150 officiers pour renforcer la mission internationale de stabilisation. Un engagement impressionnant, presque héroïque. Cependant, ce qui devait ressembler à un bataillon est finalement arrivé sous la forme d’une poignée de représentants. Ils n’étaient que six agents.

Oui, six, pour un pays où la violence des gangs s’étend comme une traînée de poudre. Et, comble de la stratégie, leur ministre des Affaires étrangères vient tout juste d’annoncer qu’ils peuvent même repartir s’ils ne se sentent pas en sécurité. Une arrivée timide, donc, suivie d’une possible sortie précipitée.

Pour donner toute l’ampleur du décalage, un simple calcul suffit : six soldats déployés sur les 150 promis. C’est à peu près 4 % de ce qui était prévu. Pendant ce temps, dans des quartiers comme Solino, Sarthe, Tabarre et Vivy-Mitchell, un peu partout dans la capitale , où les gangs imposent leur loi, on imagine la portée de cette mission en format mini.

En effet, alors que la promesse était de prêter main-forte à la Police nationale d’Haïti et aux Forces armées haïtiennes, la « force » en question n’a pas vraiment modifié le rapport de force sur le terrain. À la limite, les gangs doivent eux aussi se demander s’ils n’ont pas affaire à une sorte de malentendu diplomatique.

La situation vire à l’absurde : ce même 13 novembre 2024, alors que la violence continue d’embraser les rues, deux policiers d’élite de la PNH ont perdu la vie à Solino en l’espace de trois semaines. Le dernier en date, Petit-Dieu Jeff, a été abattu hier, et son décès ne fait qu’accentuer le sentiment d’impuissance des autorités locales. Dans ce contexte chaotique, les six Bahaméens en poste ont donc reçu la possibilité de faire demi-tour à tout moment, une échappatoire sur mesure si la situation se révélait « trop difficile ». Une proposition qui donne matière à réflexion : six officiers peuvent-ils vraiment faire la différence quand ils ont un pied dans l’avion et un pied au sol ?

Et ce ne sont pas les Bahamas seuls qui semblent jouer la carte de la demi-mesure : le Belize, après tout, a aussi dépêché deux soldats, et la Jamaïque en a envoyé vingt-quatre. Un total dérisoire qui, réuni, forme à peine une patrouille pour contenir un mouvement de rue, une stratégie qui laisse plus d’un expert en sécurité perplexe.

Pendant ce temps, le ministre bahaméen des Affaires étrangères, Fred Mitchell, continue de défendre son dispositif, en expliquant qu’il faut « prioriser la sécurité des troupes », tout en admettant à demi-mot qu’il reste essentiel d’assurer une certaine présence. Une rhétorique qui, certes, peine à masquer le manque d’engagement.

Sur le front des transports, plusieurs compagnies aériennes ont également décidé de fuir ce théâtre de violences, suspendant leurs vols vers Haïti. Bahamasair a ainsi rejoint Spirit Airlines et d’autres transporteurs américains, qui ont mis fin à leurs liaisons après un incident spectaculaire le 11 novembre dernier.

Ce jour-là, un avion de Spirit Airlines, en approche de l’aéroport Toussaint Louverture de Port-au-Prince, a été la cible de tirs et a dû être dérouté vers la République dominicaine. Loin de dissuader les criminels, les vols suspendus soulignent plutôt le climat d’abandon dans lequel Haïti se retrouve plongé.

Les chiffres de cette crise humanitaire font froid dans le dos : plus de 3 600 morts cette année, 500 000 déplacés, et près de la moitié de la population en insécurité alimentaire. Pourtant, les renforts promis arrivent au compte-gouttes. En lieu et place d’un soutien international significatif, Haïti hérite d’une série de gestes symboliques, de promesses gonflées et d’échappatoires habilement formulées.

On aurait presque l’impression qu’il s’agit là d’un exercice de relations publiques où les effectif sur le terrain sont avant tout un sujet de discussion. Ainsi, la communauté internationale, après avoir longuement promis son aide, semble avoir opté pour une présence quasi-spectrale sur place.

Alors que la situation dégénère jour après jour, les Haïtiens voient leur pays s’enfoncer dans le chaos, tandis que les engagements se réduisent à des apparitions symboliques. En fin de compte, la « grande force » internationale ressemble plus à une lueur lointaine qu’à un véritable appui. Entre annonces fracassantes et réalités dérisoires, Haïti assiste, impuissant, à un défilé diplomatique sans conséquence

Steve Luc PIERRE

GPL Media Libre

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