Haïti-Election: des noms de groupements politiques qui ressemblent beaucoup plus à des slogans de rue qu’à des projets de société

Haïti-Election: des noms de groupements politiques qui ressemblent beaucoup plus à des slogans de rue qu’à des projets de société

Le Conseil Électoral Provisoire (CEP) vient de publier une note portant la date du 8 août 2026. Cette note annonce une nouvelle attendue par tous les acteurs politiques. Quinze groupements sur dix-huit reçoivent son feu vert pour participer aux prochaines élections prévues pour le 13 décembre prochain, conformément à l’article 129 du décret électoral du 2 juin 2026. Ensemble, ils réunissent deux cent huit partis politiques. Mais un problème surgit dès qu’on regarde de plus près cette liste.

Ces quinze noms ne disent presque rien. Ils ne disent rien du projet de chaque groupement. Ils ne disent rien de ce que chacun veut faire pour le pays. Ce silence mérite qu’on s’y arrête. Car un nom, en politique, n’est jamais un détail. C’est souvent la première parole qu’un parti adresse au peuple. Voyons donc, un par un, ce que ces noms racontent vraiment. Ou plutôt, ce qu’ils ne racontent pas.

Commençons par les noms qui parlent de choses simples de la vie : Solèy et Viktwa. Ces deux mots plaisent à tout le monde. Mais ils ne disent rien de précis. Le soleil brille pour tout le monde, sans exception. La victoire, elle, n’appartient à personne en particulier. Ce sont de beaux mots. Mais ce sont des mots vides. Ils touchent le cœur, mais pas la tête. Et ce problème ne s’arrête pas là. On le retrouve encore ailleurs, sous une autre forme.

Cette autre forme, c’est celle du soulagement. Delivrans et Debloke vont dans le même sens. Ces mots parlent d’un poids qu’on enlève, d’une sortie de crise. Anfòs pou Sove Lonè promet, lui, de sauver l’honneur. Mais l’honneur de qui ? Et comment ? Le nom ne le dit pas. Ces trois noms cherchent à toucher un peuple fatigué. Ils veulent apaiser, rassurer. Mais ils ne donnent aucune direction claire. Un autre groupe de noms, lui, préfère parler d’action plutôt que du soulagement. 

Ce groupe de noms donne des ordres. Debout Patriotes, Debout Citoyen pour la transformation d’Haïti et En Avant pour Haïti demandent au peuple de se lever, d’avancer, d’agir. Le motaction prend toute la place. Mais debout, pour quoi faire ? Debout pour transformer Haïti, comment ? En avant, vers où ? Ces noms ressemblent à des cris qu’on entend dans la rue, pas à un vrai projet de gouvernement. Et cette manière de parler de la rue, on la retrouve aussi dans la façon dont certains groupements se présentent eux-mêmes.

Certains groupements se contentent de dire qui ils sont, sans dire ce qu’ils veulent. Coppos-Haïti et Alliés en est un bon exemple. Ce nom dit simplement : voici une organisation et ses partenaires. Il ne dit rien du projet qui les unit. Lapeh ak Alye’l yo fait pareil. Ce nom ne parle que de lui-même. Un simple citoyen peut chercher la liste des partis membres. Il n’apprendra rien sur leurs idées communes. D’autres groupements, eux, misent plutôt sur l’idée d’union.

Cette idée d’union revient souvent. Solidarite pou Ayiti Respire parle d’entraide et de souffle retrouvé. Konbit ak Aksyon pou Ayiti Bèl, avec son sigle Kapab, parle du travail fait ensemble, comme dans les champs paysans. Myèl, enfin, fait penser à la ruche et à son activité sans repos. Ces trois noms disent tous la même chose : ensemble, on est plus forts. Mais ensemble, pour faire quoi ? Ni le travail collectif, ni la ruche, ni le souffle du peuple ne répondent à cette question. L’image du groupe remplace le vrai projet. Restent deux derniers noms, qui misent sur une promesse encore différente.

Cette dernière promesse, c’est celle du changement. Ayiti Transfòme parle de transformation, sans dire dans quel sens. Platfòm Rekonsilye parle de réconciliation, sans dire entre qui, ni comment. Ces deux noms résument bien tout ce qu’on vient de voir. Un mot fort suffit à créer un groupement. Le vrai contenu, lui, arrive plus tard, souvent après les élections.

Mais ce problème ne s’arrête pas aux noms des groupements. Il descend aussi jusqu’aux partis eux-mêmes, ceux qui forment chaque groupement de l’intérieur. Regardons quelques exemples, pris au hasard dans les listes publiées par le CEP. Dans le groupement Myèl, un parti a pour sigle BRAVO. Un autre possède Granpa. Un autre encore a Zoula. Dans le groupement Kapab, un parti porte le sigle ICI. Un autre porte le sigle Konekte. Ailleurs, dans le groupement Solèy, un parti porte l’acronyme PATEON. Un autre a comme acronyme MANMAN. Un autre encore s’appelle KONSA. Un autre, enfin, s’appelle MACH.

Tous ces mots viennent du langage de tous les jours. On les entend dans la rue, à la maison, au marché. Aucun ne parle de démocratie. Aucun ne parle de justice sociale. Aucun ne parle d’économie ou de gouvernance. Ces partis ressemblent donc, eux aussi, aux groupements qu’ils composent. Et cela n’a rien d’étonnant, quand on y pense bien. Si les noms des partis politiques ne veulent rien dire, il devient logique que les noms des groupements politiques ne veulent rien dire non plus. Le vide, en réalité, commence à la base. Il se répète ensuite à chaque étage, jusqu’au sommet de la liste publiée par le CEP.

Après ce tour d’horizon, un constat s’impose. Ces quinze noms de groupements se ressemblent tous, d’une certaine façon. Les noms des partis qui les composent leur ressemblent également. Ils parlent d’émotion, d’espoir, de mouvement. Ils ne parlent presque jamais d’idées claires. Ce choix n’est sans doute pas un hasard. Il montre une façon de faire de la politique basée sur les sentiments, plutôt que sur les idées.

Pourtant, un parti politique est censé porter une vision pour le pays. C’est même l’une des bases de la démocratie. Quand un nom se réduit à un simple slogan, cette base s’affaiblit. Le nom ne sert plus à distinguer un projet d’un autre. Il sert seulement à attirer l’attention, le temps d’une élection. Et cela pose un vrai problème pour l’électeur. Sans nom clair, il devra juger autre chose : un visage, une promesse dite à voix haute, une rumeur de campagne. Petit à petit, on juge la personne plutôt que l’idée. Et cela, à long terme, affaiblit le débat politique dans le pays.

Le travail n’est pas terminé. Cette semaine, du 10 au 14 août 2026, les groupements peuvent encore s’unir entre eux. On attend donc de nouveaux noms, ceux de ces futures alliances. Peut-être diront-ils enfin quelque chose de plus clair. Un proverbe dit que l’habit ne fait pas le moine. Espérons donc que ces noms, même vides en apparence, cachent de vrais projets pour le pays. En attendant, l’électeur devra chercher ailleurs les réponses que ces noms ne lui donnent pas.

Jonathan Gédéon

GPL Media Libre

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