Gangs en Haïti : actifs à ciel ouvert, mais ciblés par une prime américaine de 3 millions
Le Département d’État des États-Unis prétend durcir le ton face à l’insécurité en Haïti. À travers son programme Rewards for Justice (RFJ), l’administration américaine propose une récompense pouvant atteindre 3 millions de dollars, assortie d’une possible relocalisation, pour toute information permettant de démanteler les circuits financiers des groupes armés « Viv Ansanm » et « Gran Grif ».
Désignées en mai 2025 comme organisations terroristes étrangères, ces deux structures sont accusées d’alimenter une violence persistante à travers le pays. « Viv Ansanm », alliance formée en septembre 2023 à partir des coalitions G-9 et G-Pèp, est notamment impliquée dans des attaques contre des institutions publiques, des infrastructures stratégiques et des populations civiles.
Le groupe est aussi pointé pour des enlèvements contre rançon, des massacres, des viols collectifs et le recrutement forcé, y compris d’enfants. Selon Washington, cette dynamique de violence a contribué à l’effondrement de l’ordre public et à la démission de l’ancien Premier ministre Ariel Henry en avril 2024.
Mais loin d’être en cavale, ces gangs opèrent à ciel ouvert dans plusieurs zones du pays. Leurs membres circulent et imposent leur loi dans des quartiers entiers de Port-au-Prince, mais aussi à Carrefour, Gressier, Kenscoff entre-autres et dans la Plaine du Cul-de-Sac. Leur influence s’étend également à d’autres régions, notamment dans le département de l’Artibonite et certaines zones du Centre, où ils contrôlent des axes routiers, des activités économiques et des territoires stratégiques, souvent en toute impunité.
De son côté, « Gran Grif », actif principalement dans l’Artibonite, est considéré comme l’un des groupes criminels les plus puissants de cette région. Fondé vers 2016 par l’ex-député Prophane Victor, il est accusé d’attaques contre la Police nationale d’Haïti ainsi que contre la Mission multinationale d’appui à la sécurité. Le gang est également impliqué dans de graves violations des droits humains, incluant assassinats, violences sexuelles, enlèvements massifs, extorsions et pillages à en croire l’Ambassade des États-Unis en Haïti.
Le programme RFJ cible particulièrement les mécanismes de financement de ces organisations. Les autorités américaines recherchent des informations sur leurs comptes bancaires, entreprises, réseaux de soutien financier, sociétés écrans, ainsi que sur les flux liés aux enlèvements, au trafic d’armes et aux transferts de fonds.
En vertu de leur désignation comme entités terroristes, tous les avoirs de ces groupes aux États-Unis sont gelés, et toute transaction avec eux est interdite aux citoyens américains. Fournir un soutien matériel ou financier à ces organisations constitue un crime passible de sanctions.
Créé en 1984, le programme Rewards for Justice a déjà permis le versement de plus de 250 millions de dollars à des informateurs à travers le monde. Les autorités américaines assurent que toute information fournie sera traitée de manière strictement confidentielle et encouragent les personnes disposant de renseignements à se manifester via des canaux sécurisés.
Jean Daniel PIERRE
