Identification nationale : entre modernisation annoncée et frustrations persistantes dans les centres de l’ONI

Identification nationale : entre modernisation annoncée et frustrations persistantes dans les centres de l’ONI

Le gouvernement haïtien affiche sa volonté d’accélérer la modernisation du système d’identification nationale à travers le lancement du projet « Kat ou la ». Lors d’une visite officielle au siège de l’Office national d’identification (ONI), ce mardi 24 mars, le Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, a présenté cette initiative comme une étape décisive vers un accès plus large et plus fiable à la carte d’identification nationale, document qu’il qualifie de « clé de la démocratie ».

Accompagné de plusieurs hauts responsables, dont son directeur de cabinet Me Axène Joseph et le directeur général de l’ONI Reynold Guerrier, le chef du gouvernement a annoncé la mise à disposition de 500 000 cartes, ainsi que l’impression de 250 000 nouvelles unités destinées tant aux citoyens vivant en Haïti qu’à ceux de la diaspora. Selon les autorités, ces nouvelles cartes, conçues avec des outils technologiques avancés, promettent une meilleure qualité et une durabilité accrue.

Cependant, derrière ces annonces ambitieuses, la réalité vécue par de nombreux citoyens dans les centres de l’ONI reste préoccupante. Dans plusieurs régions du pays, des usagers dénoncent les difficultés persistantes à récupérer leur carte d’identification, parfois après de longs mois, voire des années d’attente. Comment expliquer que, malgré les efforts annoncés, tant de citoyens peinent encore à entrer en possession de ce document essentiel ?

À cela s’ajoute une autre problématique récurrente : la qualité des cartes actuellement en circulation. De nombreux détenteurs signalent une dégradation rapide de leur carte, effacement des informations, détérioration du support, les rendant parfois inutilisables dans des démarches administratives. Or, le processus de remplacement demeure souvent complexe, lent et peu accessible pour une grande partie de la population. Dans ces conditions, la promesse d’une « durabilité accrue » suffira-t-elle à restaurer la confiance des citoyens ?

Si l’ouverture de nouveaux centres, notamment à la SONAPI, est saluée comme une avancée, des interrogations subsistent quant à la capacité réelle de l’ONI à répondre efficacement à la demande croissante. Le système actuel est-il suffisamment structuré pour absorber l’afflux de demandes, notamment dans la perspective des prochaines élections générales ?

Le Premier ministre a également mis en avant les progrès sécuritaires enregistrés grâce aux interventions de la Police nationale d’Haïti (PNH), des Forces armées d’Haïti (FAd’H) et de la Force de répression des gangs (FRG), estimant qu’ils contribuent à créer un climat favorable à l’organisation des scrutins. Mais sur le terrain, l’insécurité continue d’entraver l’accès de nombreux citoyens aux services publics, y compris aux centres d’identification.

En conclusion, si le projet « Kat ou la » se veut porteur d’espoir pour une refonte du système d’identification nationale, il soulève aussi des attentes importantes. Entre promesses de modernisation et réalités administratives difficiles, une question demeure : l’État parviendra-t-il à garantir un accès simple, rapide et durable à la carte d’identification pour tous les Haïtiens ?

Jean Daniel PIERRE

GPL Media Libre

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