Bilan du CPT : échec, sang et corruption après 22 mois au pouvoir

Bilan du CPT : échec, sang et corruption après 22 mois au pouvoir

Ce samedi 7 février 2026 ne marque pas une transition politique, mais la fin honteuse d’un naufrage d’État. Après 22 mois passés à la tête du pays, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) quitte le pouvoir en laissant derrière lui un héritage lourd, douloureux et indéfendable, résumé en trois mots qui resteront dans l’histoire : Échec, Sang et Corruption.

Pendant que la population haïtienne s’enfonçait dans la faim, l’insécurité et l’exil intérieur, les membres du CPT ont choisi l’opulence. Selon un rapport du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), chaque conseiller présidentiel coûtait environ 10 millions de gourdes par mois au Trésor public.

Frais dits “d’intelligence”, cartes de débit généreusement alimentées, dépenses personnelles couvertes par l’argent public : rien n’a été épargné. Pendant ce temps : 6,4 millions de personnes vivaient en situation d’insécurité alimentaire. De plus, 1,4 million d’Haïtiens étaient déplacés à l’intérieur du pays, chassés de leurs maisons par la violence armée. Deux réalités opposaient brutalement le pays : le confort du CPT et la détresse du peuple.

Interpellé par un journaliste sur l’incapacité de l’État à débloquer la route de Martissant, le conseiller Leslie Voltaire a offert une réponse qui restera comme l’un des symboles les plus criants de l’échec du CPT. À la question de savoir pourquoi cette route stratégique n’a jamais été libérée, il a répondu sans détour que ce n’était pas son rôle, affirmant que c’est la Police Nationale d’Haïti qui devait agir, car « c’est la police qui a les armes ».

Cette déclaration n’est pas anodine. Elle constitue l’aveu public d’un pouvoir exécutif qui refuse d’assumer ses responsabilités, renvoyant la sécurité nationale à une institution qu’il était pourtant censé diriger et renforcer.

Sous la gouvernance du CPT, la violence n’a pas reculé. Elle s’est enracinée. Parmi les drames les plus marquants : le massacre de Pont-Sondé, avec au moins 70 morts ; le massacre de Wharf Jérémie, qui a fait 204 victimes.

Et ce, pour ne citer que ces massacres. Car la liste est longue, trop longue. Des quartiers entiers ont été livrés aux gangs, pendant que l’État reculait, impuissant ou indifférent. Le sang a coulé, et le CPT n’a jamais repris le contrôle du territoire.

À cette faillite sécuritaire s’ajoute une faillite morale. Le CPT n’a pas seulement échoué : il a été éclaboussé par des scandales de corruption majeurs. L’affaire de la Banque Nationale de Crédit (BNC) demeure l’un des épisodes les plus troublants de cette transition.

Les noms de Smith Augustin, Emmanuel Vertilaire et Louis Gérald Gilles restent associés aux accusations portées par Raoul Pascal Pierre-Louis, faisant état d’une tentative de pot-de-vin de 100 millions de gourdes. À ce jour, aucune clarification convaincante n’a été fournie à la population, renforçant le sentiment d’impunité au sommet de l’État.

Le décret ayant créé le CPT était pourtant clair : le mandat devait prendre fin le 7 février 2026, sans possibilité de prolongation. À cette date, aucune élection n’a été organisée, aucun successeur n’a été installé, aucune alternative institutionnelle crédible n’a été préparée.

Le CPT quitte donc le pouvoir en laissant le vide, un chaos politique total et un pays plus fragile qu’il ne l’était à son arrivée.

En 22 mois, le Conseil Présidentiel de Transition a prouvé qu’il était possible de dépenser des millions, gouverner sans autorité et perdre une nation entière. Aujourd’hui, le CPT s’en va.
Mais les gangs, eux, restent.

Steeve Luc PIERRE

GPL Media Libre

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