Youri Chevry, agent exécutif intérimaire de Port-au-Prince, de nouveau recherché par la DCPJ
Alors que le mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT) arrive à son terme le 7 février 2026, les positions des États-Unis sur la situation politique haïtienne se précisent. Dans une déclaration officielle, l’ambassade américaine en Haïti a réaffirmé son soutien à l’actuel Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, affirmant leur volonté de maintenir une certaine continuité à la tête de l’exécutif dans un contexte de crise aiguë.
« Alors que le mandat du Conseil présidentiel de transition prend fin le 7 février, nous soutenons le leadership du Premier ministre Fils-Aimé dans la construction d’une Haïti forte, prospère et libre », a déclaré l’ambassade américaine à Port-au-Prince.
Cette position intervient quelques jours après les propos de Henry T. Wooster, chargé d’affaires à l’ambassade des États-Unis, qui a alerté sur les dérives institutionnelles et l’impunité persistante dans l’appareil étatique. Selon lui, la stabilité et la sécurité nécessitent une surveillance efficace et une responsabilisation réelle des institutions, qui doivent rendre des comptes sur la fourniture des services essentiels à la population.
Henry T. Wooster a également dénoncé l’impunité dont bénéficient de nombreux fonctionnaires qui, tout en ne remplissant pas leurs missions, continuent de percevoir leurs salaires et d’accéder à des privilèges. Cette situation, selon lui, est aussi dangereuse pour la sécurité et la stabilité que l’impunité liée aux crimes, portant préjudice à l’État haïtien, au peuple haïtien et aux intérêts américains.
À quelques jours de l’échéance du CPT, le processus de transition reste vivement contesté. Certains conseillers-présidents ont lancé des inscriptions aux postes de Premier ministre et de président dans des conditions jugées expéditives et peu crédibles. Ces démarches, comparées par des observateurs à de simples formalités administratives, ont été conduites après plusieurs jours de dialogues avec des organismes et des personnalités dont la légitimité est largement remise en question.
Parallèlement, d’autres acteurs politiques et institutionnels défendent une alternative. Des personnalités telles que Djina Guilet Delatour, ancienne directrice du Programme national de cantine scolaire (PNCS), et Jean Renel Sénatus, ancien sénateur, ont exprimé leur préférence pour le président de la Cour de cassation, le magistrat Jean Philippe Lebrun, qu’ils considèrent comme une option plus conforme à l’ordre constitutionnel pour diriger la transition.
Pendant que ces débats occupent le sommet de l’État, la situation sécuritaire demeure dramatique. Dans plusieurs départements clés, notamment dans le département de l’Ouest, la population vit toujours sous la dictée des gangs armés. Ces groupes contrôlent les axes routiers, paralysent les activités économiques, limitent la libre circulation et imposent leur loi à des milliers de familles, illustrant l’effondrement de l’autorité de l’État.
Cette situation creuse le fossé entre les discussions politiques et les préoccupations réelles de la population, confrontée à l’insécurité chronique et à l’absence de services publics. Pour beaucoup d’Haïtiens, le soutien international affiché au Premier ministre, combiné aux critiques sur les dérives institutionnelles et l’impunité, interroge sur l’efficacité du processus de transition.
À l’approche du 7 février, Haïti se trouve à un tournant décisif : réussir à concilier les exigences de la transition politique, répondre aux attentes de la communauté internationale et, surtout, restaurer l’autorité de l’État et la sécurité pour la population reste un défi majeur.
Jean Daniel PIERRE
