Quand Lobenson Civilma sculpte des visages de femme pour donner vie à l’histoire haïtienne

Quand Lobenson Civilma sculpte des visages de femme pour donner vie à l’histoire haïtienne

Lobenson Civilma n’est pas à son coup d’essai dans la sculpture. Cette fois, les grandes figures féminines de l’histoire nationale l’interpellent. Il choisit de les immortaliser dans l’argile. Catherine Flon, Cécile Fatima, Grann Troya, SaniteBelair et Marie Jeanne sont ses prochaines conquêtes sculpturales. Des conquêtes qu’il entreprend dans une déroutante complicité avec le Centre d’Art.

Sur les hauteurs de Marlique perche son atelier soigneusement aménagé dans la cours de sa  résidence privée. Un prélart empêche les rayons du soleil de perturber l’ambiance de son espace de création. De temps en temps, des amis du quartier, des jeunes intéressés à la sculpture, des proches le rendent visite. 

Derrière sa table de chevet, Lobenson Civilma, les accueille, discute avec eux et leur raconte l’idée qui se cache derrière sesprojets alors qu’il sculpte avec une précision chirurgicale le buste de « Grann Troya », l’une des cinq figures féminines qu’ilest sur le point d’immortaliser dans la terre cuite. Des figurestrop longtemps négligées mais qui parlent à la mémoire collective.

Entre temps, dans la matinée du dimanche 1er février, deux jeunes hommes, très actifs et visiblement animés d’une grande passion pour la sculpture, préparent un mélange de sable, d’eau et de ciment pour finaliser une pièce, dans le cadre de la préparation d’autres projets, aussi grandiose qu’ambitieux. Ils s’apprêtent à appliquer ce mélange sur une informe structure en frome mais à base métallique. Sans doute, une dernière pièce qui complètera sa collection. 

Pour mettre un trait sur le visage de ces femmes dont l’histoire semble perdre la trace, la stratégie de l’artiste est simple. Lobenson Civilma va à la rencontre des historiens, des anthropologues, des professeurs, des personnalités constituant les archives vivantes de la nation. Des rencontres qui constituent un prétexte pour le sculpteur. Sa prétention consiste à mettre l’accent sur le caractériel particulier de chaque personnage qu’il recrée. Ces femmes- Reines. 

Ces femmes-héroïnes de l’indépendance. Ces femmes-militantes, intellectuelles ou de culture. Ce sont ces figures-là que Lobenson est sur le point de présenter à la nation. Sous une autre forme. Un acte de reconnaissance et de mémoire, un geste fort de réhabilitation et de transmission dans un pays où l’histoire officielle a longtemps relégué les femmes au second plan. 

Pour Lobenson Civilma, la sculpture est avant tout une passion. L’artiste ne sculpte pas seulement des visages. La hantise de raconter des vies prend aussi possession de son âme sensible. Avant de modeler l’argile ou tout autre objet servant de matière brute à ses pièces, Lobenson dit prendre du temps pour étudierlonguement les archives, consulte les récits historiques et les quelques représentations retrouvées. 

Il ne veut pas offenser ce qui reste de l’histoire nationale. Une prétention qui donne vie, rigueur et respect à ses créations. D’où ce qui porte chacune de ses œuvres essentiellement reposés sur la compréhension de l’identité nationale à établir le lien entre le passé, le présent et l’avenir.

Aujourd’hui, l’artiste est sûr d’une chose: Sculpter est pour lui une vocation. Aussi loin qu’il remonte dans  sa mémoire, ses plus beaux souvenirs se heurtent au moment qu’il a passé aux côtés d’une grande figure de la sculpture haïtienne : Ludovic Booz. Il se souvient aussi de ses fructueuses et intéressantes collaborations avec différents groupes artistiques de la place dont le Réseau de Promotion des Droits Humains, l’Education et la Culture (REPDHEC), Zaka production, Mouvman Kilti lakay(Mokla), Konpayi nanm solèy et, aussi, le Centre d’Art où il a eu un long parcours avant son admission à l’Ecole Nationale des Arts. 

Sur 36 étudiants de sa promotion, se rappelle-t-il, seul Lobenson et un autre camarade sont parvenus à obtenir leur spécialisation dans la sculpture.  Chaque buste confectionné permet à l’artiste de faire un saut en profondeur dans l’histoire nationale. Il est de ses informations qu’on ne retrouve pas dans les manuels scolaires. 

Des données historiques partagées de bouche à oreilles. Sa démarche accuse de très grande difficulté en ce sens.  Mais, il parvient toujours à ses fins. Il persiste. Aujourd’hui encore. Ce qui porte à croire que ses dernières créations sont avant tout et surtout un hymne au courage de ces femmes de l’histoire nationale.

Joe Antoine Jn Baptiste

GPL Media Libre

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