2025, année noire pour Haïti : 5 200 morts dont 35 policiers, selon l’AIDH
L’année 2025 restera gravée comme l’une des plus sombres de l’histoire récente d’Haïti en matière de droits humains. C’est ce qu’indique l’Action Internationale pour les Droits Humains (AIDH) dans son rapport annuel publié en janvier 2026, qui couvre la période de janvier à décembre 2025.
Selon l’AIDH, les droits humains se sont fortement détériorés dans un contexte de transition politique fragile. En effet, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) a échoué à rétablir la sécurité, organiser des élections crédibles et restaurer l’État de droit. À cela s’ajoute l’absence de consensus sur une alternative politique, alors que le mandat du CPT s’achève le 7 février 2026, ce qui accroît l’incertitude institutionnelle et politique.
Cette instabilité est amplifiée par la montée en puissance des gangs armés, qui contrôlent près de 90 % de la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Par conséquent, la capitale est quasiment isolée, paralysant la vie économique, sociale et administrative du pays.
Le rapport révèle un niveau de violence sans précédent. Au moins 5 200 personnes ont été tuées en 2025, victimes d’attaques armées, de lynchages ou d’agressions à l’arme blanche. Parmi elles, figurent 35 agents de la Police nationale d’Haïti (PNH), 4 soldats des Forces armées d’Haïti (FAD’H) et 4 membres de la Mission multinationale de sécurité (MMS), prouvant que même les forces chargées de garantir l’ordre public ne sont pas épargnées.
De surcroît, près de 1 980 personnes ont été blessées et 500 enlèvements suivis de séquestration ont été enregistrés, renforçant le sentiment d’insécurité généralisée au sein de la population civile.
Les violences sexuelles constituent un autre marqueur inquiétant. Entre janvier et juin 2025, 2 600 survivants ont été pris en charge par Médecins Sans Frontières. Les enfants sont particulièrement touchés : 26 % des victimes sont des mineurs, majoritairement âgés de moins de 15 ans, contre 11 % en 2024. Ces chiffres traduisent la brutalité croissante et la vulnérabilité extrême des femmes et des enfants dans ce contexte d’insécurité.
Parallèlement, l’administration de la justice semble au bord de l’effondrement. L’insécurité généralisée, le déficit chronique de magistrats et la confusion entre forces de l’ordre, brigades d’autodéfense et gangs compromettent gravement le fonctionnement judiciaire, rendant l’accès à la justice quasi impossible pour une large partie de la population.
La situation dans les prisons reste tout aussi préoccupante. Au 30 septembre 2025, 7 274 personnes étaient détenues, dont 81 % en détention provisoire, une pratique dénoncée comme une violation grave du droit à un procès équitable. De plus, au moins 170 détenus sont décédés en 2025, principalement à cause de la malnutrition, du manque de soins médicaux et des conditions insalubres.
Cette crise multidimensionnelle affecte également les droits économiques, sociaux et culturels. Plus de 1 600 écoles ont été contraintes de fermer à cause de l’insécurité, privant environ 243 000 élèves de leur droit à l’éducation. De surcroît, certains établissements servent désormais de refuges pour les personnes déplacées internes, augmentant le risque de décrochage scolaire et de recrutement forcé par les gangs.
Le système de santé est lui aussi au bord de l’effondrement : seuls 20 % des établissements fonctionnent normalement, tandis que deux Haïtiens sur cinq n’ont pas accès aux soins médicaux essentiels. La suspension des activités de Médecins Sans Frontières à Port-au-Prince, fin novembre 2025, illustre l’extrême insécurité dans laquelle opèrent les acteurs humanitaires.
En outre, sur le plan alimentaire, la situation est dramatique. Selon le Programme alimentaire mondial, Haïti connaît une insécurité alimentaire aiguë, marquée par l’apparition de la famine, une première dans l’histoire de l’hémisphère occidental.
Face à ce constat accablant, l’AIDH appelle la communauté internationale à user de son influence politique et diplomatique pour inciter les autorités haïtiennes à organiser des élections libres et crédibles, à renforcer le système judiciaire et à garantir l’accès aux droits fondamentaux, notamment la sécurité, la santé, l’éducation, l’alimentation et un logement décent.
En conclusion, l’organisation estime que l’année 2025 a été catastrophique pour les droits humains en Haïti, révélant l’incapacité structurelle de l’État à protéger sa population et à faire respecter l’État de droit.
Steeve Luc PIERRE
