Michel Joseph Martelly : l’erreur que le peuple haïtien ne peut pas se permettre de répéter
L’histoire politique d’Haïti est jalonnée de figures dites outsiders qui, sans véritable expérience de l’État, ont investi la sphère du pouvoir. Michel Joseph Martelly s’inscrit pleinement dans cette tradition. Son passage à la tête du pays, entre 2011 et 2016, reste pour beaucoup l’un des épisodes les plus désastreux de la République.
Les séquelles de sa gouvernance continuent, aujourd’hui encore, de plonger le pays dans l’abîme. Pourtant, sur les réseaux sociaux, une campagne s’organise en faveur de son retour au pouvoir. Un signal alarmant, révélateur d’un peuple qui semble tourner le dos à sa mémoire récente, ou pire, banaliser ses propres souffrances.
Il faudra de longues années pour réparer les dégâts causés par le régime Tèt Kale. Michel Joseph Martelly, musicien devenu président, a longtemps fait de la provocation et de la vulgarité les marques de fabrique de sa carrière artistique. Propulsé au sommet de l’État dans un contexte électoral trouble, il a bénéficié d’un concours de circonstances qui rappelle certains coups de théâtre de notre histoire politique.
À l’issue du mandat de René Préval, tout laissait croire que son dauphin, Jude Célestin, affronterait Mirlande Manigat au second tour. Mais, à l’image de l’élection de 1902, lorsque Nord Alexis s’imposa contre Anténor Firmin, Michel Martelly, avec l’appui décisif de la communauté internationale, s’est retrouvé vainqueur face à la professeure Mirlande Manigat.
Son quinquennat a été marqué par une succession de scandales, notamment ceux liés à la corruption et à la dilapidation des fonds de PetroCaribe. Il lui est également reproché d’avoir entretenu, armé et financé des groupes armés, dans une logique de contrôle et de sécurisation politique de son pouvoir.
Durant cinq années, aucune élection n’a été organisée pour renouveler le personnel politique, plongeant le pays dans une impasse institutionnelle profonde. Michel Martelly a quitté le pouvoir par la petite porte, laissant derrière lui un État affaibli, des institutions discréditées et une insécurité galopante.
Après la présidence, il a tenté de relancer sa carrière musicale. Mais plusieurs de ses concerts ont été annulés ou perturbés par des militants dénonçant son bilan et refusant toute normalisation de son passage à la tête de l’État.
Les accusations se sont ensuite accumulées : trafic de drogue, collusion avec des groupes criminels, corruption systémique, participation à la déstabilisation du pays. Les États-Unis et le Canada ont fini par sanctionner l’ancien président, le contraignant de fait à rester hors d’Haïti.
Selon le New York Times, Michel Martelly et ses proches auraient même exercé des pressions sur de hauts responsables haïtiens, notamment sur des conseillers-présidents, afin d’influencer le choix d’un Premier ministre dans le cadre de la transition en cours.
En novembre dernier, l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) a requis la mise en mouvement de l’action publique contre l’ancien chef de l’État pour fausses déclarations de patrimoine et omissions volontaires durant son mandat.
Malgré les torts causés au peuple haïtien , qu’il s’agisse de la montée en puissance des gangs armés, de la corruption ou des sanctions internationales infligées au pays ,certains de ceux-là mêmes qui ont souffert de cette violence réclament aujourd’hui son retour au pouvoir.
Faut-il y voir une amnésie collective, un désespoir politique, ou la preuve que la mémoire nationale demeure fragile ? Est-ce ainsi que le peuple haïtien entend défendre sa souveraineté et sa dignité, en donnant raison à ceux qui continuent de la piétiner ?
Richardson Bigot
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