PNH : la graduation de la 35e promotion ravive les doutes sur la formation accélérée des policiers

PNH : la graduation de la 35e promotion ravive les doutes sur la formation accélérée des policiers

La Police nationale d’Haïti (PNH) a procédé, ce vendredi 23 janvier, à la graduation des aspirants policiers de la 35e promotion, baptisée « Aurore », lors d’une cérémonie officielle marquant l’entrée en fonction de 877 nouveaux agents. Dans un contexte sécuritaire marqué par la montée du grand banditisme , cet événement, censé renforcer les capacités opérationnelles de l’institution, remet toutefois au cœur de l’actualité la controverse persistante autour de la durée et de la qualité de la formation policière en Haïti.

Depuis 2020, l’École nationale de police (ENP) multiplie les promotions issues de formations écourtées, parfois limitées à quatre mois, sans véritable stage probatoire. Si cette stratégie vise à répondre à l’urgence sécuritaire, elle suscite de fortes réserves au sein de la population et de la corporation policière, plusieurs acteurs estimant qu’elle fragilise les fondements professionnels de la PNH.

Dans cette logique, l’augmentation rapide des effectifs apparaît davantage comme une réponse conjoncturelle que comme une solution structurelle aux problèmes de sécurité.

Le Syndicat de la Police nationale d’Haïti (SPNH-17) a été l’un des premiers à dénoncer publiquement cette pratique. Dans une publication diffusée sur son compte Facebook officiel, le syndicat rappelle que la formation policière doit répondre à des standards internationaux clairs :

« Dans la majorité des pays, la formation initiale des policiers dure entre huit et douze mois. Le syndicat exige la fin des formations de quatre à six mois sans stage, qu’il considère comme insuffisantes pour préparer efficacement les agents à leurs missions. »

Pour le SPNH-17, la réduction excessive de la durée de formation compromet non seulement les compétences techniques des policiers, mais également leur capacité à agir dans le respect des lois et des principes de l’État de droit.

Joint par la rédaction, l’inspecteur Garry Jean Baptiste, porte-parole du SPNH-17, a réitéré cette position avec fermeté :

« Nous avons dénoncé cette situation. La manière dont les policiers sont formés aujourd’hui en Haïti n’est pas bonne. »

Selon lui, envoyer sur le terrain des agents insuffisamment formés expose non seulement les citoyens, mais également les policiers eux-mêmes, confrontés à des situations complexes sans préparation adéquate.

À l’inverse, un agent de la PNH de grade 2, interrogé sous couvert d’anonymat, explique que cette réorientation du cursus est dictée par la réalité du terrain :

« Face au niveau de banditisme, le programme a été modifié. Les aspirants reçoivent désormais une formation concentrée, majoritairement pratique, à hauteur de 60 à 70 %. Autrefois, la formation était surtout théorique. Aujourd’hui, on privilégie le terrain, au détriment des cours de droit et de sciences policières. »

Cette approche vise à rendre rapidement opérationnels les policiers de la promotion Aurore, appelés à renforcer des unités déjà fortement sollicitées.

Cependant, cette orientation suscite de vives critiques au sein même de l’institution. Un policier issu d’une unité spécialisée estime que la formation actuelle s’apparente davantage à une préparation militaire qu’à un apprentissage policier :

« On ne forme plus des policiers, mais des combattants. C’est ce qui explique le comportement de certains agents sur le terrain, incapables de ramener l’ordre avec discernement. Avant, la formation mettait l’accent sur la science policière, le secourisme et la discipline. Aujourd’hui, tout est axé sur la tactique, le tir et le physique, sans véritable prise en compte du cadre légal. »

Il met en garde contre les conséquences à long terme de cette pratique, qui pourrait, selon lui, affaiblir durablement la police administrative.

La graduation de 877 policiers de la promotion Aurore illustre la volonté des autorités de renforcer rapidement les rangs de la PNH. Toutefois, de nombreux analystes estiment que la sécurité durable ne peut être garantie par le seul accroissement numérique des effectifs, sans un investissement sérieux dans la qualité de la formation.

En définitive, si cette 35e promotion représente un renfort immédiat face à l’insécurité, elle relance une interrogation fondamentale : peut-on construire une police professionnelle, respectueuse des droits et efficace sur le long terme, sans une formation complète, rigoureuse et conforme aux standards internationaux ?
Pour plusieurs acteurs du secteur, la réponse à cette question conditionnera l’avenir même de la PNH.

Image d’illustration : Le Nouvelliste

GPL Media Libre

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