Solino : neuf mois d’exil, un retour au milieu des ruines

Solino : neuf mois d’exil, un retour au milieu des ruines

Considéré comme un quartier stratégique de la capitale, Solino a été la cible d’une offensive de longue haleine menée par la coalition criminelle Viv Ansanm. Après près de deux ans de violences, la zone est finalement tombée en novembre 2024, laissant derrière elle des centaines de morts et des milliers de déplacés.

Neuf mois plus tard, ce dimanche 24 août 2025, des milliers d’habitants ont pu regagner leur quartier, avec l’autorisation des mêmes gangs qui les avaient contraints à fuir. Mais, à leur grande désillusion, ils n’ont retrouvé qu’un territoire en ruines.

Tout a commencé le 2 mars 2023. Depuis cette date, Solino a vécu au rythme d’attaques incessantes. Tantôt la branche de Jimmy Chérizier, alias « Barbecue », tantôt celle de Kempès Sanon, chef redouté du gang de Bel-Air, lançaient l’assaut. Parfois, c’était l’ensemble de Viv Ansanm qui s’abattait sur le quartier.

Les crimes se sont multipliés : meurtres, pillages, viols et incendies. Personne n’a été épargné : vieillards, enfants, hommes, femmes. Tout cela s’est déroulé sous le regard d’un État impuissant, incapable d’assurer la protection de ses citoyens.

Face à l’horreur, des habitants ont choisi de résister. Un groupe d’autodéfense s’est formé, appuyé par la Police nationale d’Haïti, les Forces armées d’Haïti et la présence des Kényans de la MAS. Toutefois, ces derniers, surnommés par la population « soldats-touristes », n’ont eu qu’un impact limité, renforçant le sentiment d’abandon.

Malgré tout, les résistants de Solino ont tenu bon pendant plusieurs mois. Mais ce combat a coûté de nombreuses vies. Parmi les victimes, un nom reste gravé : Jeff Petit-Dieu, policier de l’unité d’élite SWAT, tombé le 12 novembre 2024. Sa mort a marqué un tournant : peu après, le quartier est passé sous le contrôle de Viv Ansanm.

Les habitants ont alors fui en masse. Beaucoup se sont réfugiés dans des camps improvisés, d’autres dans des écoles publiques ou des bâtiments administratifs abandonnés. Les conditions de vie y étaient qualifiées d’inimaginables : manque d’eau, insalubrité, absence d’assistance médicale et insécurité permanente.

Neuf mois plus tard, ce dimanche 24 août 2025, un événement inattendu s’est produit. Les gangs ont annoncé qu’ils autorisaient les anciens résidents à revenir. Cette annonce, présentée comme un « geste » par Jimmy Chérizier et ses alliés terroristes, a d’abord suscité un élan d’espoir. Beaucoup rêvaient de revoir leurs maisons, leurs rues, et de retrouver un fragment de leur vie d’avant.

Mais, à leur arrivée, la désillusion a été totale. Solino n’est plus qu’un décor de guerre : des maisons éventrées, des toits arrachés, des carcasses de voitures calcinées, des rues jonchées de débris. Pas une habitation n’a été épargnée. Sur les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, le quartier apparaît comme une scène d’apocalypse.

Désormais, une question brûle toutes les lèvres : quel avenir pour Solino ? Ses habitants oscillent entre le désir de reconstruire et la crainte d’une nouvelle tragédie. Dans un pays où l’État recule face à la puissance criminelle, l’incertitude demeure. Une chose est sûre : Solino, jadis bastion de résistance, n’est aujourd’hui qu’un champ de ruines.

GPL Media Libre

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