Sécurité : le gouvernement promet, le peuple attend toujours 

Sécurité : le gouvernement promet, le peuple attend toujours 

Le contraste est saisissant. Tandis que les balles crépitent encore dans plusieurs quartiers de Port-au-Prince et que des milliers de familles vivent déplacées, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé réunissait, ce jeudi à l’hôtel Montana, la fine fleur des partenaires internationaux pour discuter de la sécurité et de la transition démocratique.

C’était la deuxième session du Comité de pilotage du Programme conjoint d’appui à la Police nationale d’Haïti (PNH). États-Unis, Canada, Union européenne, France, Allemagne, Japon, Brésil, Mexique, représentants onusiens et experts du PNUD ont répondu à l’appel. L’intention affichée : renforcer les capacités institutionnelles, techniques et matérielles de la PNH.

« La lutte contre l’insécurité est notre priorité absolue », a affirmé le chef du gouvernement. Mais pour de nombreux citoyens, cette priorité ne dépasse guère les murs climatisés où sont prononcés ces engagements.

Pendant que les officiels parlent de moderniser les commissariats, de doter la PNH d’équipements tactiques et de renforcer la formation, les réalités de terrain racontent autre chose : commissariats désertés, zones entières inaccessibles à la police, enlèvements quotidiens, justice absente.

La population, elle, attend des actions concrètes. Pour Mireille, déplacée de Solino depuis mars, « on entend parler de sécurité dans les journaux, mais nous, on ne voit que la peur, les larmes et les valises sur la tête ».

Le gouvernement, de son côté, insiste sur une « feuille de route » :

  1. Rétablissement de la sécurité sur tout le territoire ;
  2. Référendum constitutionnel pour renforcer la légitimité des institutions ;
  3. Élections démocratiques comme sortie de crise.

Mais ces objectifs sont loin de rassurer. Les promesses d’élections et de réformes institutionnelles résonnent comme un refrain déjà entendu, sans suites. L’État peine encore à prouver qu’il contrôle plus que ses conférences de presse.

Même les partenaires internationaux ont modéré leur enthousiasme. María Isabel Salvador (ONU) et Xavier Michon (PNUD) ont certes salué « les progrès », mais ont insisté sur la nécessité d’un soutien accru et d’un meilleur accès aux zones vulnérables. Traduction : il reste tout à faire.

L’Inspecteur général Jean Gardy Muscadin et l’Inspecteur en chef Péyo Smith ont, eux, mis en garde contre le risque d’un pilotage bureaucratique, déconnecté des réalités du terrain. Une autocritique implicite sur l’inefficacité actuelle de certaines approches.

En clôturant la séance, le Premier ministre s’est voulu rassurant :

« Nous ne ménagerons aucun effort pour rendre la sécurité effective et durable ».

Mais le vrai test ne se joue pas en salle de réunion. Il se joue dans les rues de Martissant, de Croix-des-Bouquets, de Cité Soleil ou encore de Carrefour-Feuilles. Là où l’État est encore invisible.

Jean Daniel PIERRE

GPL Media Libre

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