Pendant que les gangs gagnent du terrain, le Conseil présidentiel se perd en querelles
Dimanche 22 juin, la commune de La Chapelle, dans le département de l’Artibonite, a été attaquée par la coalition armée « Viv Ansanm ». La population a fui dans la panique. Des maisons, des commerces ainsi que le commissariat ont été pillés et incendiés.
Les dégâts sont considérables, selon les premiers témoignages recueillis sur place. Une fois de plus, un pan du territoire national semble tomber sous la coupe des gangs, dans un silence politique assourdissant.
Pendant ce temps, au lieu d’unir leurs forces pour répondre à cette urgence, les membres du Conseil présidentiel de transition se livrent à des luttes intestines qui frisent l’irresponsabilité. Calculs de pouvoir, guerres d’influence, nominations précipitées, chantages en coulisse : tout se passe comme si les priorités nationales étaient reléguées derrière des intérêts personnels.
Le contraste est cruel. D’un côté, une population en détresse qui cherche à fuir les zones de guerre improvisées que deviennent ses quartiers. De l’autre, des dirigeants temporaires qui se disputent l’héritage d’un pouvoir qu’ils sont censés remettre sur pied, non s’approprier.
L’attaque contre La Chapelle n’est pas un simple épisode local. C’est le symbole d’un pays qui continue de s’effondrer, mètre par mètre, faute d’un leadership lucide et responsable.
Le gouvernement, de son côté, tente de rassurer en annonçant l’engagement d’une firme privée de sécurité pour rétablir l’ordre. Mais la nouvelle suscite plus de scepticisme que de soulagement. Une telle décision, prise sans grande transparence, fait craindre une opération de façade ou un marché juteux sans impact concret sur le terrain.
Chaque jour qui passe sans réponse forte du pouvoir central est une victoire pour les bandes armées. À ce rythme, La Chapelle ne sera qu’un nom de plus sur une carte de plus en plus grise. Et le Conseil présidentiel, censé conduire le pays vers une sortie de crise, pourrait bien en devenir l’un des symboles les plus cuisants d’échec.
Jean Daniel PIERRE
